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Pierre Corneille - Cinna
Pardonne à mon amour cette indigne faiblesse. Tu voudrais fuir en vain, Cinne, je le confesse, Si tout est découvert, Auguste a su pourvoir À ne te laisser pas la fuite en ton pouvoir. Porte, porte chez lui cette mâle assurance, Digne de notre amour, digne de ta naissance ; Meurs, s'il y faut mourir, en citoyen romain, Et par un beau trépas couronne un beau dessein. Ne crains pas qu'après toi rien ici me retienne : Ta mort emportera mon âme vers la tienne ; Et mon coeur aussitôt, percé des mêmes coups...
CINNA Ah ! souffrez que tout mort je vive encore en vous ; Et du moins en mourant permettez que j'espère Que vous saurez venger l'amant avec le père. Rien n'est pour vous à craindre ; aucun de nos amis Ne sait ni vos desseins, ni ce qui m'est promis ; Et, leur parlant tantôt des misères romaines, Je leur ai tu la mort qui fait naître nos haines, De peur que mon ardeur, touchant vos intérêts, D'un si parfait amour ne trahît les secrets ; Il n'est su que d'Évandre et de votre Fulvie.
ÉMILIE Avec moins de frayeur, je vais donc chez Livie, Puisque dans ton péril il me reste un moyen De faire agir pour toi son crédit et le mien : Mais si mon amitié par là ne te délivre, N'espère pas qu'enfin je veuille te survivre. Je fais de ton destin des règles à mon sort, Et j'obtiendrai ta vie, ou je suivrai ta mort.
CINNA Soyez en ma faveur moins cruelle à vous-même.
ÉMILIE Va-t'en, et souviens-toi seulement que je t'aime.
ACTE II
SCÈNE PREMIÈRE - AUGUSTE, CINNA, MAXIME, TROUPE DE COURTISANS AUGUSTE Que chacun se retire, et qu'aucun n'entre ici. Vous, Cinna, demeurez, et vous, Maxime, aussi. (Tous se retirent, à la réserve de Cinna et de Maxime) Cet empire absolu sur la terre et sur l'onde,
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