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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

Mais l'oeuvre qui doit développer, étendre, affermir les intérêts du peuple, sera longue et difficile.

Croyez-vous que trois jours aient pu guérir les plaies sociales qui fatiguent la France? Croyez-vous qu'en
trois jours on épure les moeurs, on ramène à la dignité de la conscience, à la haute estime du travail trois

générations victimes de tant d'intrigues, victimes aussi de tant de malheurs?

Que nous reste-t-il donc à faire, à nous qui souhaitons pour notre pays et pour l'Europe ensuite ce que nos
pères ont voulu, ce que Napoléon lui-même a prédit?

Il nous reste à voir s'user devant nous tous ces prétendants qui se font populaires d'abord et qui entraînés
par une force logique, s'aperçoivent bientôt que leurs intérêts ne sont pas les nôtres, qui commencent

alors par la crainte, qui essayent ensuite de la corruption, et qui finissent par la violence.

Patience! Le temps les pousse.

Maintenant que des partis se choquent encore que des prétentions diverses se présentent, on sait avec qui
nous serons, - avec le peuple, toujours avec le peuple.

Ce sont là nos principes, et nous n'avons pas peur qu'ils périssent. Tôt ou tard la France, fatiguée de
déceptions, viendra leur demander son repos ou sa gloire. Jusque-là, qu'avons-nous à faire?

Attendre et se préparer.

( La Tribune)

*****

BARTHÉLEMY

(1796-1867)

Le 27mars 1831, paraissait le premier numéro de la Némésis, revue hebdomadaire, en vers. Cette revue
satirique s'annonçait ainsi:

...Une fois par semaine Je dois tout visiter dans ce vaste domaine. Fort de mon unité, seul, libre de
soutiens, Je ne suivrai de but, de conseils, que les miens.

Barthélemy, à ce moment, avait déjà changé plusieurs fois d'opinions. Dans sa première jeunesse, il avait
fait partie des volontaires royaux qui prétendaient arrêter la marche irrésistible de Napoléon revenant de

l'île d'Elbe. Puis, après avoir été l'un des rédacteurs du Drapeau blanc, dont il avait pris le ton outrancier,

il s'était tourné du côté de l'opposition. Avec son ami et compatriote Joseph Méry, il avait écrit une série

de pamphlets contre les ministres de la Restauration. Cette opposition le menait au bonapartisme Avec

Méry, il donnait Napoléon en Egypte, et il se rendait à Vienne pour tenter de remettre un exemplaire de

son poème au duc de Reichstadt, «le fils de l'homme». Ce fut le titre d'un autre poème qui lui valut une

condamnation à trois mois de prison. Après la révolution de 1830, il attestait des sentiments républicains.

La publication de la Némésis, dont nombre de pages sont pleines de souffle, ont des accents énergiques,
ne laissent pas toujours percer la composition rapide, fut une manière de tour de force. Barthélemy,

cependant, succombant sous le poids du fardeau qu'il avait voulu supporter seul, appela Méry à son aide.

Méry donna à son ami le secours de sa verve abondante, et les deux poètes soutinrent pendant un an

l'oeuvre entreprise. Ces véhémentes satires, qui appartiennent à l'histoire du journalisme autant qu'à la

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