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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

Avec ce secours inattendu, les comédiens ont payé leurs pensions arriérées aux vieux acteurs retirés et
blanchis dans le service, aux employés qui se sont cassé bras ou jambes dans les machines du théâtre.

Ainsi M.Demidoff a rendu l'existence à quatre ou cinq cents personnes, qui ne vivent maintenant que du

théâtre, parce que le théâtre a vécu d'eux. Il faut rendre justice au désintéressement infatigable des

sociétaires dont les parts sont nulles, ou presque nulles, puisqu'il y a peu ou point de bénéfices et qui

s'imposent chaque jour de nouvelles charges pour maintenir la société dans l'état où ils l'ont trouvée.

C'est une grande maison qui se ruine, mais qui ne déroge pas et garde encore des habitudes digues d'elle.

C'est encore le seul théâtre où les auteurs aient le moins à se plaindre, et du cabotinage des comédiens et

des roueries du directeur; là, chacun ses droits, chacun à son tour! C'est surtout le seul théâtre où vous

puissiez entrer sans un mouchoir au nez, et d'où vous puissiez sortir sans toiles d'araignées aux

vêtements; le seul où l'on n'ait pas à craindre le guet-apens des trappes, l'obscurité des escaliers, l'angle

des corridors, l'insolence des garçons. On y voit clair, on s'y chauffe, on ne tombe pas dans des abîmes

sans fond.

( Les Cent et un, 1835.)

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ARMAND MARRAST

(1801-1852)

La première notoriété d'Armand Marrast lui vint du discours qu'il prononça, au nom de la jeunesse des
écoles, sur la tombe de Manuel. Le gouvernement de la Restauration le révoqua des fonctions de

surveillant des études littéraires qu'il occupait à l'École normale. Son tempérament combatif se trouva à

l'aise dans la presse. Après la révolution de 1830, il devint rédacteur en chef de la Tribune, puis du

_National,, non sans avoir eu, entre temps, bien des démêlés avec le pouvoir, qu'il attaquait avec une

verve caustique. Obligé de quitter la France pour se soustraire à des poursuites, après les événements de

1834, il s'était réfugié en Espagne, où il avait été condamné à mort - ce qui dépassait un peu les rigueurs

auxquelles il se dérobait - pour une publication contre la reine régente. Il dut son salut à une intervention

opportune et regagna Paris. A la révolution de 1848, il fut successivement l'un des trois secrétaires du

gouvernement provisoire, puis membre de ce gouvernement, maire de Paris, président de l'Assemblée

nationale. Il s'éteignait prématurément peu de temps après le coup d'Etat. Son désintéressement s'attesta

par sa pauvreté au moment de sa mort.

Aux débuts de la monarchie de Juillet, il se montrait menaçant pour le nouveau gouvernement, qui allait
bientôt avoir en lui un adversaire déterminé.

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ATTENDRE ET SE PRÉPARER,

Pour les hommes à la vue courte, la révolution de 1830 n'eut d'autre cause que les quinze années
d'oppression qui la précédèrent. Pour ceux qui savent enchaîner les événements de l'histoire, la révolution

de 1830 est fille de la révolution de 89.

La gloire de nos pères fut de verser leur sang pour faire connaître et respecter des autres peuples le
dogme de la souveraineté populaire; la nôtre sera de leur apprendre comment on marche avec sagesse,

mais avec fermeté, à la réalisation de toutes les conséquences qu'il doit amener tôt ou tard.

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