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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
dont les tressaillements répandront le plaisir jusqu'aux extrémités du corps de mon colosse, et, enlacés les uns dans les autres, tournoyant sur eux-mêmes, ils viendront se grouper autour de l'étoile. Ainsi, par ma volonté et par les bras de mes enfants, sera bâtie, en un seul édifice, ma ville vivante. Et pour aucun ma volonté ne fera scandale ou servitude; car de ces hommes et de ces femmes, de ces vieillards et de ces enfants, et de ces édifices, ces magasins, ces chantiers, il n'y aura ni un clou ni un cheveu qui bouge autrement que de son propre mouvement et par sa libre volonté. Beaucoup n'auront point de cette vie le sentiment de leur destinée. Ils resteront dans leur chaos de pavés boueux et de masures tremblantes. La ville ancienne reposera sur les épaules de la nouvelle. Fardeau léger sur ses larges épaules; fardeau sacré, car le colosse ainsi chargé de son vieux père, pressant son enfant sous son bras, sera, comme Énée, le symbole de la religion de l'homme qui sort de la guerre et appelle la femme.
(1831)
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FÉLIX PYAT
(1810-1889)
Jusqu'à la révolution de 1848, Félix Pyat ne fut qu'un journaliste littéraire et un auteur dramatique d'avant-garde. Le journaliste avait collaboré au Figaro et à l'Artiste, avant de faire partie de la rédaction du National, du Siècle puis de la Réforme). L'auteur dramatique avait donné successivement Ango, les Deux Serruriers, Cedric le Norvégien, Mathilde (drame tiré du roman d'Eugène Sue). Les deux ouvrages qui avaient eu le plus de retentissement avaient été Diogène (créé par Bocage) et le Chiffonnier de Paris (créé par Frédérick Lemaître). Il y a sur ces deux drames d'importants et chaleureux feuillets de Théophile Gautier.
En 1833, Félix Pyat réclamait assez impétueusement l'augmentation de la subvention de la Comédie française qui traversait alors une crise financière.
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LE THÉATRE-FRANCAIS
En lisant sur l'affiche: «les comédiens ordinaires du roi,» on se prend à sourire de ce titre honoraire, resté insignifiant d'une civilisation passée. Non! ils ne sont pas comédiens du roi, car ils sont électeurs, jurés, on les enterre même à l'église comme d'autres. Quand ils étaient comédiens du roi, on disait la Molière, la Gaussin; maintenant c'est MlleMante, MmeMenjaud. Quand ils étaient comédiens du roi, ils étaient infâmes, marqués au front comme des Bohèmes, ils changeaient de nom, ils dînaient chez les grands seigneurs, prêtaient leurs femmes aux grands seigneurs, changeaient de femmes avec eux; maintenant ils sont rangés, mariés; ils ont des noms de famille, s'appellent comme leurs pères, et baptisent leurs enfants; non! ils ne sont plus comédiens du roi.
Le Théâtre-Français est un monument national; et la question de savoir si le Théâtre- Français doit être subventionné du gouvernement est résolue par l'exemple de tous les temps. Il faut un sanctuaire immuable auquel l'art dramatique puisse confier sûrement ses chefs-d'oeuvre. Il faut un lieu dépositaire des richesses de la langue française; par conséquent une subvention large, un secours généreux et tout à fait libéral. Tous les gouvernements que la Comédie française a vus se succéder si diversement se sont accordés à la soutenir. Louis XIV, lorsque la Comédie française n'avait que trente livres de loyers et de
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