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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

Loret, au milieu de tous ses bavardages, eut une heure de courage. Ce fut après la disgrâce de Fouquet,
l'un de ses protecteurs, - de ses abonnés, pourrait-on dire, car Fouquet l'avait inscrit dans ses libéralités

pour une rente de deux cent cinquante écus. - Loret osa le plaindre, ajoutant que s'il pouvait

De son sort adoucir la rigueur, Il le ferait de tout son coeur.

La Muse Historique, ancêtre des «échos», dura jusqu'en 1659.

Si la Gazette fut le premier journal français, le Journal des savants, qui date de 1665, fut la première
revue française (1).

[(1) Le Journal des Savants avait été fondé par M.de Sallo, conseiller au Parlement de Paris._]

Il était consacré à des dissertations de littérature et de science. Puis ce fut, sous une forme plus vivante et
avec des prétentions beaucoup moins graves, le Mercure galant de Donneau de Visé (1672), paraissant

sous la forme d'un volume de petit format, comprenant trois cents pages, tous les trois mois d'abord, puis

tous les mois.

Donneau de Visé était un personnage assez entreprenant, qui avait commencé par écrire des satires contre
Corneille, contre Molière, contre Quinault, mais qui, constatant bientôt l'inanité de ces attaques contre

des écrivains illustres, chercha une plus sûre façon d'attirer sur lui l'attention. L'idée du Mercure, pour

établir un lien entre Paris et les provinces, naquit en son esprit. A la vérité, le journalisme moderne est en

germe dans le Mercure et dès son premier numéro, qui, sous le prétexte de lettres à une dame, contient -

un peu en désordre, sans doute - toutes les rubriques actuelles.

«Vous saurez, disait Donneau de Visé à cette correspondante imaginaire, les morts et les mariages de
conséquence, avec des circonstances qui pourront quelquefois vous donner des plaisirs que ces sortes de

nouvelles n'ont pas d'elles-mêmes. Comme on entend de temps en temps parler de procès si

extraordinaires et si remplis d'aventures que les romans les plus surprenants n'ont rien qui s'en approche,

je ne manquerai pas de vous en divertir.» Il annonçait aussi qu'il n'aurait garde de ne pas mander ce qui

concerne les modes.

Dans ce même numéro, la critique dramatique était représentée par un discours sur Bajazet, du sieur
Racine; la chronique par le récit commenté du voyage de l'Académie française à Versailles; les faits

divers, par plusieurs aventures singulières, dont celle d'un gentilhomme étranger dépourvu de scrupules

qui, pour soustraire des perles appartenant à sa maîtresse, les avait avalées; le feuilleton, par l' «Histoire

de la Fille-Soldat_». Les «échos» c'étaient la réception du duc de La Feuillade dans la charge de colonel

du régiment de gardes-françaises, le départ du duc d'Estrées pour son ambassade à Rome, le récit de

galanteries turques. Bientôt, Donneau de Visé s'associait Thomas Corneille, et le frère du grand Corneille

était, comme on sait, un écrivain infatigable. (1)

[(1) M.Gustave Reynier a eu la bonne fortune de retrouver l'acte d'association, qui prévoyait toutes les
formes de bénéfices du Mercure: «C'est à savoir que nous dits sieurs Corneille et de Visé partagerons

chacun par moitié tout le profit qui pourra revenir, soit de la vente des livres, soit des présents qui

pourraient être faits en argent, meubles, bijoux et pensions, et même si le Roi accordait à l'un de nous une

pension, elle serait également partagée comme les autres choses ci-dessus.» La pension arriva: elle

attribuait à Donneau de Visé cinq cents écus et le logement au Louvre, en qualité d'historiographe de Sa

Majesté.]

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