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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
Le curieux article qu'on va lire donne, en termes presque mystiques, les conceptions du saint-simonisme sur la transformation de Paris.
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LE PARIS SAINT-SIMONIEN
Le Dieu bon a dit par la bouche de l'homme qu'il envoie: J'établirai au milieu de mon peuple de prédilection une image de la nouvelle création que je veux tirer du coeur de l'homme et des entrailles du monde.
Je bâtirai une ville qui soit un témoignage de ma munificence. Les étrangers viendront de loin au bruit de son apparition. Les habitants des villes et des campagnes y accourront en foule, et ils me croiront quand ils l'auront vue.
Paris! Ville qui bout tumultueusement, ainsi qu'un chaudière de cendres; ville semblable à ton peuple, comme lui pâle et défigurée! Tu gis sur les bords de ton fleuve, avec tes noirs monuments et tes milliers de maisons ternes, comme un amas de roches et de pierres que le temps rassemble au bassin des vallées, et il en sort comme un grondement monotone d'une eau comprimée sous ces pierres, ou d'un fou caché qui va les crever.
Paris! Paris! C'est sur les bords de ton fleuve, cependant, et dans ton enceinte que j'imprimerai le cachet de mes nouvelles largesses et que je scellerai le premier anneau des fiançailles de l'homme et du monde!
Tes rois et tes peuples ont obéi à mon éternelle volonté, quoiqu'ils l'ignorassent, lorsqu'ils se sont acheminés avec leurs palais et leurs maisons du sud au nord, vers la mer, la mer qui te sépare du grand bazar du monde, de la terre des Anglais.
Ils ont marché avec la lenteur des siècles, et ils se sont arrêtés en une place magnifique.
C'est là que reposera la tête de ma ville d'apostolat, de ma ville d'espoir et de désir, que je coucherai ainsi qu'un homme au bord de ton fleuve.
Les palais de tes rois seront son front, et leurs parterres fleuris son visage. Je conserverai sa barbe de hauts marronniers et la grille dorée qui l'environne comme un collier. Du sommet de cette tête, je balayerai le vieux temple chrétien, usé et troué, et son cloître de maisons en guenilles; et sur cette place nette, je dresserai une chevelure d'arbres, qui retombera en tresses d'allées sur les deux faces des longues galeries, et je chargerai cette verte chevelure. d'un bandeau sacré de palais blancs, retraite d'honneur et d'éclat, pour les invalides des étables et des chantiers.
Des terrasses qui saillent sur la grande place, comme les muscles d'un cou vigoureux et d'une gorge forte, je ferai sortir les chants et les harmonies du colosse. Des troupes de musiciens et des chanteurs feront retentir chaque soir la sérénade en une seule voix.
Je comblerai les fossés de cette place, et j'en ferai une large poitrine qui s'étalera, bombée et découverte, et qui se gonflera d'orgueil, lorsque aux jours des carrousels pacifiques elle sentira briller à sa surface, comme des joyaux de toutes couleurs, les femmes plus belles et plus parées que les dames des cours d'amour et des tournois, les hommes plus brillants et plus forts que les chevaliers aux armes dorées et les vieux grenadiers de Napoléon.
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