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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
J'aurais voulu mettre en parallèle, avec l'avidité des solliciteurs, l'admirable désintéressement du peuple; je n'en ai point le courage. Les gens en veste font trop de honte aux hommes en habit car que dirais-je? que le peuple, après avoir héroïquement combattu, est rentré, pauvre et indigent dans ses ateliers, sans se plaindre, sans rien demander? Je ne le puis, en face de tant de gens qui n'ont quitté les habitudes de la vie que pour aller peut-être solliciter, qui n'ont point su et qui ne sauront pas, comme nos ouvriers, reprendre tranquillement leur travail.
J'aime ce peuple qui a montré que son éducation était faite, qu'elle avait appris à l'école de la liberté le désintéressement, l'abstinence, l'humanité, et surtout l'intelligence si difficile des conditions auxquelles la société se maintient, c'est-à-dire l'ordre et le respect de la propriété; ce peuple dont il faudrait baiser les haillons, puisqu'il les a gardés au milieu de toutes les tentations de la révolte et de la guerre. Mais comment parler de pareilles choses quand, parmi les hommes qui ne sont pas la populace, il y a tant de gens qui n'ont rien appris, ni le désintéressement, ni le respect des droits acquis, ni le goût du travail indépendant et libre! Singulier état de choses, où l'éloge du peuple devient la satire de beaucoup de gens du monde. Dans la Fronde, ce fut la Cour qui fut intrigante, avide, ardente aux places et à l'argent, et ce fut la bourgeoisie qui fut dévouée, calme, désintéressée, amie de l'ordre et du bien public.
Ces vertus, aujourd'hui, sont encore, grâce à Dieu, descendues d'un degré; elles se sont répandues dans le peuple; c'est un grand pas de fait dans la civilisation: c'est un signe éclatant des oeuvres de la Providence, dont le dessein et le plan dans le gouvernement du monde est, j'ose le croire, d'élever chaque jour un plus grand nombre d'hommes aux vertus et aux lumières qui font la dignité de l'espèce humaine.
( Journal des Débats, 16août 1830.)
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ALFRED DE MUSSET (1810-1857)
Alfred de Musset doit trouver sa place dans ce recueil bien que le poète n'ait été qu'un journaliste fort intermittent. En 1831, il donna au Temps, dont le directeur était alors Jacques Coste, des courriers de Paris qui portèrent le titre de Revue fantastique. Mais, a dit Paul de Musset de son frère, «il avait trop d'indépendance pour s'accommoder longtemps d'une servitude quelconque». Cependant, en 1833, après avoir fait ses débuts, par la publication d'Andrea del Sarte, à la Revue des Deux Mondes, il lui donnait des articles de critique dramatique (les Débuts de Rachel, la Reprise de Bajazet, le Concert de MlleGarcia, les Débuts de MllePauline Garcia, etc.) et il y rédigeait l'étude du Salon de peinture de 1836
On constate qu'en 1831 c'était déjà un thème de chronique que de constater la décadence des bals de l'Opéra.
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LA CHUTE DU BAL DE L'OPÉRA
Il faut être bien oisif ou bien futile, lorsque personne ne sait qui vit ou qui meurt, qui est roi ou sujet, qui est sujet ou serf, lorsque Petit-Jean lui-même trouverait à enchérir sur ses quand je vois, pour prendre, en dépit de tout, le bon côté des choses, et soutenir, par exemple, que cette semaine on a beaucoup dansé.
Cependant, si chaque semaine devait être personnifiée; si, comme le spectre de Macbeth, chacune devait, en passant devant les yeux du spectateur, lui montrer ses ornements et ses attributs particuliers, je
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