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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
rôle social. Cette philosophie aboutissait au système du groupement, de l'association, de la ruche, la part individuelle devant être en raison de l'effort du groupe, et par là le travail apparaissait-il fécond et attrayant. Les mêmes activités s'exerçaient, pour le bien général, dans des ordres différents: celui qui commandait la veille là où il était supérieur obéissait le lendemain, dans les fonctions où il était inférieur: ainsi n'y avait-il plus de raisons de jalousies et de haines entre les hommes. L'expérience du «phalanstère» dont Champfleury devait faire, plus tard, dans sa comédie de l'Apôtre, une assez violente satire, ne réussit pas cependant. Les vues originales, mêlées d'utopies, de Fourier étaient exposées dans la Phalange. Après la mort de Fourier, Victor Considérant, fondateur de la Démocratie pacifique devint le chef de l'école fouriériste; il en avait dégagé des conceptions économiques véritablement discutables.
Les bonapartistes, après 1830, avaient eu un journal, la Révolution, qui ne dura que peu de temps. En 1840, après les tentatives de Strasbourg et de Boulogne, un autre journal, le Capitole, reprenait, dans un intérêt plus direct, l'apologie des idées napoléoniennes. Les publications révolutionnaires, organes des sociétés secrètes, qui furent nombreuses, malgré la lutte de la police contre elles, ne pouvaient être que clandestines. En dépit d'une étroite surveillance, le Moniteur républicain se glissait dans les milieux où il avait intérêt à se faire lire.
«Louis-Philippe a bien des sujets. d'alarmes,» disait un petit journal satirique, les Cancans, rédigé par Bérard, qui, dès le début du règne, attaquait, souvent avec un esprit mordant, toujours avec violence, le roi et son gouvernement. (1)
[ (1) L'un des plus piquants articles de Bérard est celui où sous la rubrique «théâtres», il parle de chacun des membres de la troupe qui vient de prendre l'entreprise «du Théâtre de la Cour», le «père noble», la «duègne», le «jeune premier», etc. Il s'agissait en de transparentes allusions, de la famille royale.]
On ne saurait oublier, dans cette rapide revue, le rôle du pamphlet et de la caricature. Il en sera question plus loin, à propos du Charivari. Du côté de l'opposition légitimistes, c'était, pendant la première période du régime, la Mode qui lançait les traits les plus acérés.
Sous tous ses aspects, la puissance de la presse est célébrée alors, avec cette abondance qui le caractérise, par Jules Janin (1).
[(1) Les français peints par eux-mêmes, t. III.]
«Que le journal brise et renverse, qu'il nous pousse chaque jour de changement en changement, qu'il soit le grand agitateur des sociétés modernes, qu'il excite des tempêtes et des batailles, qu'il épouvante les rois sur leur trône et les bourgeois dans leur maison, qu'il s'attaque en furieux, à coups d'épingle, à coups de poignard à la gloire acquise, aux services rendus, à toutes les supériorités, la chose est vraie. Mais si vous êtes justes, vous reconnaîtrez que ces attaques font croire qu'au fond de ces colères il y a de la célébrité pour ceux qui la méritent, qu'au fond de ces injures il y a de l'équité et du respect, et, si vous comptez les morts dans ce vaste champ de bataille des faits et des opinions, vous trouverez que ceux qui sont véritablement blessés ou morts n'avaient pas vingt-quatre heures à vivre, et que la presse leur a fait bien de l'honneur en les empêchant de mourir dans leur lit.»
C'est une grande époque pour la presse que celle qui compte dans la politique, avec la diversité de leurs opinions, Armand Carrel, Armand Marrast, Godefroy Cavaignac, Louis Blanc, Etienne Arago, Raspail, Cormenin, Taxile Delord, Louis Jourdan Flocon, Littré, Bastide, dans l'opposition libérale de Genoude, Nettement, de Broan, Laurentie, Léonce de Lavergne, dans l'opposition légitimiste; Silvestre de Sacy, Saint-Marc Girardin, Cuvillier-Fleury, au Journal des Débats, où règne, avec la grande influence qu'il
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