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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

«... Sept heures ont été employées parles agents de la violence à tenter par tous les moyens de pénétrer
dans notre demeure. Des ouvriers ont appris à des magistrats le respect de la loi. Un d'eux, M.Pein,

maître serrurier, se découvrant à la lecture d'un article du Code, a refusé de concourir à l'effraction qu'un

homme revêtu d'une écharpe lui demandait. Un second, plus jeune, de l'atelier Godet, mais avec le même

courage et la même simplicité, a résisté légalement à des obsessions de tout genre mises en usage pour le

séduire ou l'intimider. Enfin, on n'a pu trouver dans le quartier un ouvrier qui voulût violer un domicile et

se rendre complice d'un vol.

«On est alors allé demander au magistrat qui a mission spéciale de protéger la propriété, au préfet de
police, les moyens d'y attenter. Il a envoyé pour crocheter nos portes, qui? Celui-là même qui a pour

charge de river les fers des forçats! Digne instrument d'une semblable mission! Digne emblème du

traitement que les rebelles du 26juillet destinent aux citoyens!»

Quelques heures plus tard, commençait la révolution des trois jours, qui emportait le trône de CharlesX.

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LE GOUVERNEMENT DE JUILLET

C'est sous le gouvernement de Juillet que la presse se développe et se modernise, mais aussi
s'industrialise.

Après la révolution de 1830, les premières lois sur la presse sont empreintes de l'esprit libéral. Le taux du
cautionnement et les droits de timbre sont abaissés. Toutes les entraves apportées par le gouvernement de

la Restauration à la publication des journaux disparaissent. Mais, dès 1831, sous le ministère de Casimir

Perier, le gouvernement cherche à restreindre les libertés qu'il a accordées. On lira plus loin une

protestation véhémente d'Armand Carrel à ce sujet. Les procès de presse se multiplient: on en compte

quatre cent onze pour les seules années1831 et1832. Les acquittements par le jury sont nombreux, il est

vrai, et plusieurs de ces poursuites ne laissent pas que d'être dangereuses pour le pouvoir qui les a

intentées. Les premières années du règne de Louis-Philippe sont très agitées; les émeutes et les

insurrections se succèdent, la Vendée se soulève; ce sont de graves mouvements qui éclatent à Lyon ou à

Paris, suivis de répressions violentes, auxquelles répondent des attentats contre le roi. Les lois de

septembre1835, punissant de la détention et d'amendes considérables les attaques contre la personne du

roi et le principe du gouvernement, rendent la presse responsable de ces atteintes à l'ordre public. Elles

permettent même une juridiction exceptionnelle. Dufaure, Dupin, Lamartine et le vieux Royer-Collard

protestent contre certaines dispositions de ces lois, qui peuvent déférer le journaliste, accusé de

complicité d'attentat, par l'apologie de faits qualifiés crimes, à la cour des Pairs. Pour un gouvernement

auquel on put si souvent reprocher d'avoir vécu dans l'équivoque les projets de lois avaient eu une

franchise brutale «Notre loi manquerait son effet, disait le garde des sceaux Persil, si toute autre presse

que la presse monarchique constitutionnelle pouvait se déployer librement après sa promulgation. Il ne

peut y avoir en France de gouvernement légitime restauré ni de république: l'innovation de l'un ou de

l'autre serait un crime, et un crime ne peut pas avoir d'organe armé de publicité.»

Les journaux carlistes, comme on disait alors, et les journaux républicains ne disparurent pas, cependant,
s'il y eut une période où ils furent tenus à plus de prudence. L'opposition ne désarma pas, malgré les

menaces, et ne cessa, de toutes les façons, de soutenir la lutte contre le gouvernement. On sait que la

raillerie et la caricature ne furent pas, contre lui, les armes les moins redoutables L'importance de la

presse croissait par la transformation des journaux, les conditions de leur publication, l'abaissement de

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