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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
Il s'en trouve qui ne pensent qu'au langage fleuri, d'autres qui veulent que mes relations semblent à un squelette décharné, de sorte que la relation en soit toute une, ce qui m'a fait essayer de contenter les uns et les autres.
Se peut-il faire que vous ne me plaigniez pas en toutes ces rencontres et que vous n'excusiez pas ma plume si elle ne peut plaire à tout le monde, en quelque posture qu'elle se mette, non plus que ce paysan et son fils, quoiqu'il se misse premièrement seuls et puis ensemble, tantost à pied et tantost sur leur asne? Et si la crainte de déplaire à leur siècle a empesché plusieurs bons auteurs de toucher à l'histoire de leur aage, quelle doit estre la difficulté d'escrire celle de la semaine, voire du jour même où elle est publiée: joignez-y la brièveté du temps que l'impatience de votre humeur me donne: et je suis bien trompé si les plus riches censeurs ne trouvent digne de quelque excuse un ouvrage qui se doit faire en quatre heures de jour que la venue des courriers me laisse pour assembler, ajuster et imprimer ces lignes.
...Mais non, je me trompe, estimant par ces remontrances pouvoir tenir la bride à votre censure, et, si je le pouvois, je ne dois pas le faire, cette liberté de reprendre n'étant pas le moindre plaisir de ce genre de lecture et votre plaisir et votre divertissement étant l'une des causes pour lesquelles cette nouveauté a été inventée. Jouissez donc à votre aise de cette liberté française, et que chacun dise hardiment qu'il eût osté ceci ou changé cela, qu'il auroit bien mieux fait, je le confesse.
Et une seule chose ne céderai je à personne: en la recherche de la vérité, de laquelle, néanmoins, je ne me fais pas son garant, étant malaisé qu'entre cinq cents nouvelles écrites à la haste, il n'en échappe quelque une à nos correspondants qui mérite d'être corrigée par son père le Temps. Mais encore se trouvera-t-il des personnes curieuses de savoir qu'à ce temps-là, tel bruit était tenu pour véritable. Ceux qui se scandalisent possible de deus ou trois faux bruits, seront par là invités à débiter au public par ma plume (que je leur offre à cette fin) les nouvelles qu'ils croient plus vraies, et, comme telles, plus dignes de lui être communiquées. Que ceux qui s'occupent à syndiquer mes écrits ou mes oeuvres viennent m'aider, et nous verrons à faire mieux ensemble.
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La Muse Historique de Jean Loret, qui commença sa publication en 1651, n'était point à proprement parler un journal: pour l'amusement de Mllede Longueville, sa protectrice, Loret avait entrepris de conter en petits vers les menus événements de chaque semaine. De ces bavardages rimés on tira des copies, qui furent de plus en plus demandées. C'était, en somme, un gazetier, mais non clandestin et même pensionné. Si Renaudot écrivait l'histoire hebdomadaire, Loret écrivait l'historiette. La forme de ce verbiage est insupportable, mais ce recueil est précieux aujourd'hui, pour les traits de moeurs qu'il se trouve enregistrer, pour les nomenclatures de personnes qu'il donne, pour les façons de juger du temps. Ce qui le caractérise, c'est une extrême familiarité. Loret, par exemple, termine ainsi une de ses gazettes:
Fait en avril, le vingt-huit, Avant que mon souper fût cuit.
Ce railleur, à la raillerie facile, n'avait pas manqué de prendre pour cible Théophraste Renaudot quand le fondateur de la Gazette s'avisa, sur le tard, de se remarier:
Je ne devais pas oublier, Mais dès l'autre mois publier (Car c'est assez plaisante chose) Que le sieur Gazetier en prose, Autrement Monsieur Renaudot En donnant un fort ample dot, Pour dissiper mélancolie A pris une femme jolie Qui n'est encor qu'en son printemps, Quoiqu'il ait plus de septante ans. Pour avoir si jeune compagne Il faut qu'il ait mis en campagne Multitude de ces louis Par qui la vue est éblouie...
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