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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
une autorité constituante ni une autorité dictatoriale qui n'existent nulle part.
Les tribunaux, qui ont droit d'interprétation, ont solennellement reconnu ces mêmes principes. La cour royale de Paris et plusieurs autres ont condamné les publicateurs de l'Association bretonne comme auteurs d'outrages envers le gouvernement. Elle a considéré comme un outrage la supposition que le gouvernement pût employer l'autorité des ordonnances, là où l'autorité de la loi peut être seule admise.
Ainsi, le texte formel de la charte, la pratique suivie jusqu'ici par la couronne, les décisions des tribunaux, établissent qu'en matière de presse et d'organisation électorale, les lois, c'est-à-dire le roi et les Chambres, peuvent seules statuer.
Aujourd'hui donc, des ministres criminels ont violé la légalité. Nous sommes dispensés d'obéir. Nous essayons de publier nos feuilles sans demander l'autorisation qui nous est imposée. Nous ferons nos efforts pour que, aujourd'hui, au moins, elles puissent arriver à toute la France.
Voilà ce que notre devoir de citoyens nous impose, et nous le remplissons. Mais nous pouvons supplier la Chambre, au nom de la France, de s'appuyer sur son droit évident et de résister autant qu'il sera en elle à la violation des lois. Ce droit est aussi certain que celui sur lequel nous nous appuyons. La charte dit (art. 30) que le roi peut dissoudre la Chambre des députés, mais il faut pour cela qu'elle ait été réunie, constituée en Chambre, qu'elle ait soutenu enfin un système capable de provoquer la dissolution. Mais, avant la réunion, la constitution de la Chambre, il n'y a que des élections faites. Or, nulle part la charte ne dit que le roi peut casser les élections. Les ordonnances publiées aujourd'hui ne font que casser les élections: elles sont donc illégales, car elles sont une chose que la charte n'autorise pas.
Les députés élus, convoqués pour le 3août, sont donc bien dûment élus et convoqués. Leur droit est le même aujourd'hui qu'hier. La France les supplie de ne pas l'oublier. Tout ce qu'ils pourront pour faire valoir ce droit, ils le doivent.
Le gouvernement a perdu aujourd'hui le caractère de légalité qui commande l'obéissance. Nous lui résistons pour ce qui nous concerne: c'est à la France de juger jusqu'où doit s'étendre sa propre résistance.
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Cette protestation fut signée par les gérants et rédacteurs des journaux libéraux.
Le Temps, le Globe et le National purent seuls paraître le 27juillet. L'ordre de saisir leurs presses fut donné, tandis que des mandats d'amener étaient lancés contre les journalistes signataires de la protestation.
Les directeurs des journaux ne cédèrent qu'à la force. Ces opérations judiciaires furent particulièrement malaisées, pour la police, au Temps.
Voici le récit, curieux dans le fond et dans la forme, qu'en fit Baude, l'un des propriétaires-directeurs:
«Aujourd'hui, 27juillet 1830, à onze heures et demie, on est venu, au nom d'ordonnances illégales, violer l'habitation d'un citoyen protégé par les lois de l'État. Des hommes que nous ne connaissons pas, pâles, défaits, abattus, malheureux déjà du crime qu'ils allaient commettre, ont commis un vol avec effraction. L'un d'eux, il est vrai, s'était décoré d'une écharpe de magistrat, qui ne pouvait être qu'une imposture, car un magistrat ne se présente et n'agit qu'au nom de la loi.
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