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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
Thiers était, au point de vue des honoraires, sur le pied de C. Lemaire, Thiessé, Bodin et Année. «Les articles de ces messieurs, écrit le caissier en memento, sont payés 70francs quand ils ont 140 lignes. Au-dessus de cinq articles, ils ne sont plus payés que 50francs.» On constate que, au-dessous de 36 lignes, l'article n'est pas payé.
Le 3janvier 1830, Thiers fondait avec Mignet Armand Carrel et Sautelet, le National. Ce journal attestait son respect pour la légalité «Usons, disait Thiers à ses collaborateurs, de tous les moyens légaux. Nous n'aurons pas un seul procès, et les Bourbons feront des folies pour leur propre compte.» Il combattait avec les armes de la logique. Le National fut, cependant, poursuivi et condamné, sans que ces mesures diminuassent en rien l'ardeur de ses rédacteurs. Dans l'article de Thiers déféré à la justice, on avait relevé ce passage: «La question est dans les choses: elle pourrait être un jour dans les personnes, mais par la faute de ces dernières. Le système est indifférent pour les personnes, mais si elles n'étaient pas indifférentes pour le système, si elles le haïssaient, l'attaquaient, alors la question deviendrait question de choses et de personnes à la fois. Mais ce seraient les «personnes» qui l'auraient posée elles-mêmes.»
On sait que c'est dans les bureaux du National, rue Neuve-Saint-Marc, que se réunirent les journalistes libéraux après la publication des «ordonnances» dans le Moniteur, le 26juillet 1830. Adolphe Thiers prit la tête du mouvement de protestation. Cette protestation, il fut chargé de la rédiger avec Châtelain et Cauchois- Lemaire. Il eut la part décisive à sa rédaction. C'était encore un «article», malgré sa forme de manifeste, mais cet article-là devait emporter une monarchie. «Le roi règne et ne gouverne pas,» avait-il dit précédemment. Le roi, ayant violé la charte, ne devait plus régner.
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PROTESTATIONS DES JOURNALISTESCONTRE LES ORDONNANCES
On a souvent annoncé, depuis six mois, que les lois seraient violées, qu'un coup d'Etat serait frappé. Le bon sens public se refusait à le croire. Le ministère repoussait cette supposition comme une calomnie. Cependant, le Moniteur a publié enfin ces mémorables ordonnances, qui sont la plus éclatante violation des lois. Le régime légal est dore interrompu; celui de la force est commencé.
Dans la situation où nous sommes placés, l'obéissance cesse d'être un devoir. Les citoyens appelés les premiers à obéir sont les écrivains des journaux: ils doivent donner, les premiers, l'exemple de la résistance à l'autorité qui s'est dépouillée du caractère de la loi.
Les raisons sur lesquelles ils s'appuient sont telles qu'il suffit de les énoncer.
Les matières qui règlent les ordonnances publiées aujourd'hui sont de celles sur lesquelles l'autorité royale ne peut, d'après la charte, prononcer toute seule. La charte (art. 35) dit que l'organisation des collèges électoraux sera réglée par les lois: elle ne dit pas par les ordonnances.
La couronne elle-même avait reconnu ces articles; elle n'avait point songé à s'armer contre eux, soit d'un prétendu pouvoir constituant, soit du pouvoir faussement attribué à l'article14.
Toutes les fois, en effet, que des circonstances prétendues graves lui ont paru exiger modification soit au régime de la presse, soit au régime électoral, elle a eu recours aux deux Chambres´ Lorsqu'il a fallu modifier la charte, puis établir la septennalité et le renouvellement intégral, elle a eu recours, non à elle-même, comme auteur de cette charte, mais aux Chambres.
La royauté a donc reconnu, pratiqué elle-même les articles8 et35 et ne s'est point arrogé à leur égard ni
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