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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
août1829, eut un retentissement considérable. Le journal fut poursuivi. Béquet se déclara l'auteur des lignes incriminées.
En littérature, il était l'adversaire du romantisme, et il avait la dent dure. Les «mots» de Béquet couraient d'ailleurs Paris. Son esprit lui servait à pallier un goût déterminé - MlleMars, qui avait de l'amitié pour lui, l'appelait son vice - pour les vins généreux. Cette anecdote fut célèbre. Le jour même de la mort d'un de ses proches parents, Béquet était attablé devant une bouteille de champagne. Un ami qui était venu lui apporter ses consolations ne laissa pas que d'être surpris. «Comment, lui dit-il, vous buvez, même aujourd'hui! - Pourquoi pas, mon cher? répondit Béquet; le champagne est de deuil!»
Usé prématurément, n'ayant pas quarante ans et semblant un vieillard, il se redressait tout à coup pour lancer une mordante anecdote ou conter quelque piquant souvenir. «On eût dit, au témoignage d'Adolphe Racot, on eût dit un livre perdu de M.le duc de Saint- Simon.»
Béquet fut un de ces écrivains qui n'eurent pas le temps de donner toute leur mesure. Il mourut dans la maison de santé du docteur Blanche.
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MALHEUREUSE FRANCE!
Ainsi le voilà encore une fois brisé, ce lien d'amour et de confiance qui unissait le peuple au monarque! Voilà encore une fois la cour avec ses vieilles rancunes, l'émigration avec ses préjugés, le sacerdoce avec sa haine de la liberté, qui viennent se jeter entre la France et son Roi. Ce qu'elle a conquis par quarante ans de travaux et de malheurs on le lui ôte; ce qu'elle a repoussé de toute la puissance de sa volonté, de toute l'énergie de ses voeux, on le lui impose violemment.
Et quels conseils perfides ont pu égarer ainsi la sagesse de Charles X, et le jeter, à cet âge où le repos autour de soi est la première condition de bonheur, dans une nouvelle carrière de discordes? Et pourquoi? Qu'avons-nous fait pour que notre Roi se sépare ainsi de nous? Jamais peuple fut-il plus soumis à ses lois? Ou l'autorité royale a-t-elle reçu la moindre atteinte, la justice quelque obstacle? La religion n'est-elle pas toujours entourée de nos respects?
Il y a un an, à cette même époque, Charles X alla visiter ses provinces du Nord; nous invoquons son souvenir: par quels témoignages d'amour et de reconnaissance il fut accueilli! Cette touchante image d'un père environné de ses enfants devint alors une heureuse réalité: aujourd'hui il trouverait encore partout des sujets fidèles, mais partout affligés d'une défiance imméritée.
Ce qui faisait surtout la gloire de ce règne, ce qui avait rallié autour du trône le coeur de tous les Français, c'était la modération dans l'exercice du pouvoir. La modération! Aujourd'hui elle devient impossible. Ceux qui gouvernent maintenant les affaires voudraient être modérés qu'ils ne le pourraient. Les haines que leurs noms réveillent dans tous les esprits sont trop profondes pour n'être pas rendues. Redoutés de la France, ils lui deviendront redoutables. Peut-être dans les premiers jours voudront-ils bégayer les mots de Charte et de liberté; leur maladresse à dire ces mots les trahira: on n'y verra que le langage de la peur ou de l'hypocrisie. Quelle liberté, grands dieux! que de la liberté à leur manière! Quelle égalité que celle qui nous viendrait d'eux!
Que feront-ils cependant? Iront-ils chercher un appui dans la force des baïonnettes? Les baïonnettes aujourd'hui sont intelligentes, elles connaissent et respectent la loi. Incapables de régner trois semaines
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