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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
Pour exercer à ce point l'incalculable influence qui s'attache au nom de Polichinelle, il ne suffisait pas de réunir le génie presque créateur des Hermès et des Orphée, l'aventureuse témérité d'Alexandre, la force de volonté de Napoléon et l'universalité de M.Jacotot. Il fallait être doué, dans le sens que la féerie attribue à ce mot, c'est-a-dire pourvu d'une multitude de facultés de choix propres à composer une de ces individualités toutes puissantes qui n'ont qu'à se montrer pour subjuguer les nations. Il fallait avoir reçu de la nature le galbe heureux et riant qui entraîne tous les coeurs, l'accent qui parvient à l'âme, le geste qui lie et le regard qui fascine. Je n'ai pas besoin de dire que tout cela se trouve en Polichinelle. On l'aurait reconnu sans que je l'eusse nommé.
Polichinelle est invulnérable, et l'invulnérabilité des héros de l'Arioste est moins prouvée que celle de Polichinelle. Je ne sais si son talon est resté caché dans la main de sa mère quand elle le plongea dans le Styx, mais qu'importe à Polichinelle, dont on n'a jamais vu les talons? Ce qu'il y a de certain, et ce que tout le monde peut vérifier à l'instant même sur la place du Châtelet, si ces louables études occupent encore quelques bons esprits, c'est que Polichinelle, roué de coups par les sbires, assassiné par les bravi, pendu par le bourreau et emporté par le diable, reparaît infailliblement, un quart d'heure après, dans sa cage dramatique, aussi frisque, aussi vert et aussi galant que jamais, ne rêvant qu'amourettes clandestines et qu'espiègleries grivoises. «Polichinelle est mort. Vive Polichinelle!» C'est ce phénomène qui a donné l'idée de la légitimité. Montesquieu l'aurait dit s'il l'avait su. On ne peut pas tout savoir. Ce n'est pas tout: Polichinelle possède la véritable pierre philosophale, ou, ce qui est plus commode encore dans la manipulation, l'infaillible denier du juif errant. Polichinelle n'a pas besoin de traîner à sa suite un long cortège de financiers, et de mander à travers les royaumes ses courtiers en estafettes et ses banquiers en ambassadeurs. Polichinelle exerce une puissance d'attraction qui agit sur les menus métaux comme la parole d'un ministre sur le vote d'un fonctionnaire public, puissance avouée, réciproque, solidaire, synallagmatique, amiable, désarmée de réquisitions, de sommations, d'exécutions et de moyens coercitifs, à laquelle les contribuables se soumettent d'eux - mêmes et sans réclamer, ce qui ne s'est jamais vu dans aucun autre budget depuis que le système représentatif est en vigueur, et ce qui ne se verra peut - être jamais, car la concorde des payeurs et des payés est encore plus rare que celle des frères. Il n'y a si mince prolétaire qui n'ait plaisir à s'inscrire, au moins une fois en sa vie, parmi les contribuables spontanés de Polichinelle. L'ex- capitaliste ruiné par une banqueroute, le solliciteur désappointé, le savant dépensionné, le pauvre qui n'a ni feu ni lieu, philosophe, artiste ou poète, garde un sou de luxe dans sa réserve pour la liste civile de Polichinelle. Aussi voyez comme elle pleut, sans être demandée, sur les humbles parvis de son palais de bois! C'est que les nations tributaires n'ont jamais été unanimes qu'une fois sur la légalité du pouvoir, et c'était en faveur de Polichinelle; mais Polichinelle était l'expression d'une haute pensée, d'une puissante nécessité sociale, et tout homme d'Etat qui ne comprendra pas ce mystère, je le prouverai quand on voudra, est indigne de presser la noble main du compère de Polichinelle!
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ÉTIENNE BEQUET
(1796-1838)
Une courte nouvelle, Marie ou le Mouchoir bleu, parue dans la Revue de Paris a fait survivre le nom d'Etienne Béquet. Mais il fut, de1825 à1835, un des collaborateurs les plus assidus du Journal des Débats. Il ne se bornait pas au feuilleton dramatique, dans lequel il avait précédé Jules Janin; il y écrivait aussi des articles politiques. L'un de ceux-ci, aussitôt après l'avènement du ministère Polignac, en
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