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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
illyrien. Son séjour en Illyrie devait lui laisser bien des souvenirs et le prétexte à d'ingénieuses mystifications littéraires. A la chute de l'Empire, il attesta volontiers ses sentiments royalistes dans la Quotidienne et dans le _Drapeau blanc; mais, pour ne parler que de son oeuvre de journaliste, c'est dans toutes les publications de son temps qu'il sema d'innombrables pages.
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DU MOT «MONSIEUR»
On demande souvent quels sont les savants et les gens de lettres auxquels on doit encore le «monsieur» et quelle règle il faut suivre, quand on parle d'eux, pour ne pas manquer aux convenances d'une société polie: cette difficulté n'était pas tranchée au dix-septième siècle, et Ménage paraît bien persuadé qu'on dira toujours M.Arnault et M.Descartes: en quoi il s'est trompé, surtout pour le second.
Il est reçu, aujourd'hui, qu'on a prêté ce titre cérémonieux au nom de tous les vivants, et, quant aux morts, de tous ceux dont on a pu être le contemporain. Ainsi, Voltaire et Montesquieu seraient encore M.de Voltaire et M.de Montesquieu pour quelques vieillards.
Le caractère du personnage et de son talent modifie toutefois beaucoup cette convention dans l'usage ordinaire. Les grands hommes perdent beaucoup plus tôt le monsieur que les autres, parce que l'imagination s'accoutume facilement à agrandir le domaine de leur réputation aux dépens des temps passés, et à les confondre d'avance avec les classiques profès. Je ne pourrais m'empêcher d'écrire sans formule Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, Lamartine, Victor Hugo, et il me semble que le contraire serait malséant, cette licence qui marque une familiarité déplacée avec la médiocrité n'étant que l'expression d'un hommage envers le génie. Beaucoup d'hommes célèbres de notre époque seront longtemps des « messieurs» Ceux-là n'en sont plus.
J'ajouterai qu'il y a une délicatesse exquise, mais spontanée, et peut-être inexpliquée jusqu'ici, à conserver le titre de Monsieur à certains hommes éminemment vertueux qui ont occupé de grandes positions dans le monde, mais que l'exercice de la vertu a placés si haut au-dessus des dignités civiles que leur nom est resté la première de leurs recommandations aux yeux de l'histoire.
Il ne serait pas surprenant que la postérité dise encore: M.de Malesherbes, M.Lainé (1) et M.de Martignac, comme nous disons M.de Harlay et M.de Thou.
[(1) M.Lainé, membre du Corps législatif, avait, en 1813, exprimé les voeux du pays en faveur de la paix. On sait avec quelle violence il fut apostrophé par Napoléon à cette occasion. Président du Corps législatif à la Restauration, retiré à Bordeaux pendant les Cent Jours, il fut, en 1816, ministre de l'intérieur, où il lutta contre les excessives prétentions des «ultras». En d'autres occasions, il attesta un certain libéralisme. Il mourut en 1835, membre de la Chambre des Pairs et de l'Académie française. - M.de Martignac, après avoir été un de ces «ultras», montra dans son ministère, de1828 à1829, plus de modération.]
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POLICHINELLE
Polichinelle est un de ces personnages tout en dehors de la vie privée, qu'on ne peut juger que par leur extérieur, et sur lesquels on se compose par conséquent des opinions plus ou moins hasardées, à défaut d'avoir pénétré dans l'intimité de leurs habitudes domestiques. C'est une fatalité attachée à la haute destinée de Polichinelle. Il n'y a point de grandeur humaine qui n'ait ses compensations. Depuis que je
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