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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
révolutionnaire; qui a encouragé, soudoyé tous les distributeurs publics de poison. Oui, je vous nomme et je vous accuse, et la France et l'Europe entière joignent à ma voix leur cri accusateur. Oui, monsieur Decazes, c'est vous qui avez tué le duc de Berry.
Votre main n'a pas porté le coup sanglant; mais vous avez vu le fer se forger, s'aiguiser en poignard se lever, et vous n'avez rien fait pour prévenir le crime. De toute part, la fidélité, justement alarmée, vous criait: «Les factieux conspirent, ils préparent leurs armes, ils vont frapper! » Vous avez été sourd. Enfin, vous avez vu la révolte lever sa tête audacieuse dans un royaume voisin gouverné aussi par un Bourbon; vous avez cru un instant que le Roi d'Espagne avait perdu le trône et la vie, et vous n'avez songé à préserver ni le trône ni la vie des Bourbons de France. Quand Kotzebuë, courageux défenseur des principes d'ordre et de religion, périt en Allemagne sous le poignard d'un disciple fanatique de la philosophie moderne, un grand écrivain, un illustre pair français, dont le nom seul rappelle tout ce que le talent a de plus brillant et la vertu de plus noble, traça ces mots mémorables: Il n'y a qu'un pas du coeur d'un royaliste au coeur d'un Roi, et un sourire dédaigneux vint errer sur vos lèvres,
Souriez donc maintenant; le pas est fait. C'est un Roi, c'est plus qu'un Roi que le poignard a frappé dans le duc de Berry. C'est une race tout entière qui succombe sous le coup qui arrache la vie à un seul prince. L'arbre royal est encore debout, sa branche féconde est tombée. Mais. vous pleurez, vous gémissez; on le dit, je veux le croire. Vains gémissements! Larmes stériles! Vos pleurs rendront-ils à la France ce qu'elle a perdu par votre faute? Oui, pleurez; pleurez des larmes de sang; obtenez que le Ciel vous pardonne, la patrie ne vous pardonnera jamais. Mille vies comme la vôtre valent- elles un jour de la vie d'un Bourbon?... Oh! si le Ciel ne nous garde un miracle, quel héritage laisserons-nous à nos neveux? Un grand procès politique une longue guerre, le déchirement de la France. Entraînés par la puissance d'horribles souvenirs autant que par la force des principes, qui peut dire où ils iront chercher la légitimité?
( Le Drapeau blanc, 15février 1820.)
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CHARLES NODIER
(1780-1844)
Alexandre Dumas, dans ses Mémoires, a dessiné un aimable portrait de Charles Nodier: «C'était un homme admirable que Nodier: je n'ai rien vu et rien connu de si savant, de si artiste et de si bienveillant à la fois. Au reste, n'ayant pas un vice, mais plein de ces défauts charmants qui font l'originalité de l'homme de génie. Nodier était prodigue, insouciant, flâneur, oh, mais flâneur avec délices, comme Figaro était paresseux. Peut-être pouvait-on lui reprocher d'aimer un peu trop fort le monde, mais cela, c'était encore par insouciance, pour ne pas se donner la peine de faire la division de ses sentiments. Qu'on me permette de faire un mot pour cet homme qui en a tant fait: c'était un aimeur,»
Cet «aimeur» fut aussi très aimé. Son salon de l'Arsenal, si souvent évoqué par les romantiques, est resté fameux dans l'histoire littéraire. Écrivain, il toucha à tous les genres, depuis des travaux philologiques jusqu'au roman fantastique. L'anecdote est célèbre de Nodier sifflant à la Porte-SaintMartin une pièce, le Vampire, qu'il trouvait détestable: il en était l'auteur.
Après avoir légèrement frondé le premier consul, Nodier, qui avait eu recours à la protection de Fouché, avait été envoyé par lui en Illyrie, pour y rédiger à Laybach un journal en quatre langues, le Télégraphe
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