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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
1830, et il avait suscité trop de haines, ce vaudevilliste devenu pamphlétaire, gênant souvent même pour ses amis, pour n'être pas fort malmené. Il ne semble pas, tout au moins, que les reproches de vénalité soient bien justifiés. Peut-être est-ce une particularité peu banale chez cet aventurier de la presse qu'il ne fut pas à vendre. Son indépendance était en somme sa raison d'être. Dénonçant, tempêtant, écumant, il arrivait parfois à une sorte d'éloquence dans ce déversement d'invectives qui constituait sa manière. Après l'assassinat du duc de Berry il fut pris, dans le Drapeau blanc, d'une manière de crise épileptique. Ce fut lui qui accusa le ministre Decazes de complicité avec Louvel, «pour n'avoir pas su comprimer les doctrines pernicieuses qui sapaient à la fois tous les trônes et toutes les autorités». - Martainville est enterré an cimetière de Neuilly; il avait composé lui-même son épitaphe en quatre vers latins dont voici la traduction: «Chose incroyable! Je dors enfin, moi qui ai passé sans sommeil tant de jours et de nuits. Adieu, vie!»
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L'ASSASSINAT DU DUC DE BERRY
Hélas! Lorsque, pénétré d'une horreur vive et profonde en voyant le régicide trouver des protecteurs, des avocats, des auxiliaires jusque dans la chambre des députés; lorsque, agité d'alarmes prophétiques, je m'écriais: «Entre ces principes, ces discours et l'attentat de Ravaillac, il n'y a que la distance de l'occasion,» je ne croyais pas moi-même que la distance serait sitôt franchie, que les leçons des professeurs d'assassinat fructifieraient aussi vite, et que déjà un autre Ravaillac: déguisait son poignard. Félicitez-vous, dignes patrons des assassins de Louis XVI! Vous avez réveillé chez quelques atroces séides la soit du sang bourbonien! Félicitez-vous! Ce sang vient de couler encore, et la tombe s'est ouverte pour le neveu du roi martyr.
Qui a corrompu le coeur, exalté la tête et dirigé le bras du meurtrier? C'est vous, écrivains factieux, qui depuis si longtemps prêchez la révolte et le sacrilège; qui encouragez le crime, en le justifiant qui avez choisi pour vos héros, et qui proposez pour modèles à vos adeptes tous les hommes qui ont signalé par de grands forfaits leur fureur révolutionnaire, et par d'horribles perfidies leur haine contre la royauté légitime! Ce sont vos principes que l'assassin a mis en action.
C'est vous, députés indignes et parjures, qui, profanant le nom du roi dans un serment que votre coeur prêtait à l'anarchie ou à l'usurpation, avez osé défendre le prêtre assassin que vous appelez un principe, et proclamer que voter la mort de son Roi, n'était qu'exprimer une opinion! Le meurtrier du Prince sur qui reposaient tant d'augustes et précieuses espérances a exprimé aussi une opinion; et vous devez à sa justification le secours de votre éloquence, puisque c'est d'après vos principes qu'il s'est conduit.
Mais, que dis-je? Non, ce n'est ni parmi vous ni parmi les écrivains qui soutiennent et propagent vos doctrines qu'il faut chercher les plus grands coupables... Révolutionnaires par système, tueurs de Rois par principe, vous avez fait votre métier!
Les brigands qui ont une fois foulé aux pieds toutes les lois divines et humaines ont raison de profiter de la tolérance que leur accordent les dépositaires du pouvoir et de la force destinée à les réprimer et à les punir.
Le premier coupable, c'est l'homme funeste qui depuis quatre ans n'a employé l'autorité et la confiance que le Roi lui avait remises pour consolider la monarchie qu'à miner tous les fondements du trône, qu'à frapper tous les amis éprouvés de la légitimité; qui n'a eu des récompenses que pour la félonie et le crime, et des persécutions que pour l'honneur et la fidélité; qui a réchauffé, nourri, caressé, déchaîné le tigre
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