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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
redoutable enceinte. Au lieu de s'y enfermer comme dans un fort où il était invincible, il se jette dans les lois d'exception, périlleux défilé où il reçoit le feu des partis contraires. Tel est son aveuglement qu'il prend la position où son ennemi venait d'être vaincu. Il avait triomphé de l'arbitraire par la charte; on l'attaque par la charte sur le terrain de l'arbitraire, et la France, croyant que ce sont les hommes et non les principes qui triomphent, regarde avec douleur une lutte qui lui devient étrangère et où on ne semble combattre au nom de la liberté que pour s'arracher le pouvoir.
Les ministres parlent du maintien de la charte. Ils jurent de la respecter, et ils lui ôtent ses deux principaux soutiens, la liberté individuelle et la liberté de la presse.
... Nous vivons dans de bien étranges circonstances. On accuse ceux qui sollicitent des institutions conservatrices de vouloir perpétuer les révolutions, et on regarde comme les âmes de la monarchie des insensés que n'épouvante pas le fleuve de sang qui sépare le nouveau régime de l'ancien. Les constitutionnels, c'est-à-dire tout ce qui représente l'agriculture, le commerce et l'industrie, demandent à grands cris la stabilité sans laquelle il n'est point de repos; ils demandent que la charte soit appuyée sur des lois qui la fortifient et sur des hommes qui la soutiennent, qui ne veulent fléchir ni sur le sceptre d'une aristocratie factieuse, ni sous le joug d'une démocratie turbulente; ils tiennent à la liberté, conquête chère et douloureuse, et la charte la leur donne telle qu'ils la voulurent. Les ministres doivent donc à la France d'en conserver le dépôt sacré, de la garantir de tous les ravages du temps et de toutes les chances du pouvoir. Ils la doivent au roi, qui, dans une mémorable séance, l'a appelée son plus beau titre à l'estime de la postérité. La postérité! Que les hommes de son choix entendent! La charte de Louis XVIII ne doit pas être le testament de Louis XIV.
( La Minerve, 13juillet 1818.)
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MARTAINVILLE
(1777-1830)
Dans la curieuse physionomie de Martainville (1), on ne peut considérer ici que le journaliste du Drapeau blanc, cet enragé de la cause royaliste, faisant feu, par tous les sabords de son journal, contre tous les partisans du régime constitutionnel, contre ceux- là mêmes qui, fougueux monarchistes, ne l'étaient pas encore à son gré, gourmandant parfois Louis XVIII lui-même, qu'il trouvait encore trop libéral.
[(1) Martainville est l'auteur d'une féerie célèbre, le Pied de mouton. Voir, sur la vie orageuse de l'homme de théâtre et du polémiste, la Féerie, par Paul Ginisty (Paris, 1911, Louis-Michaud), d'après des documents inédits.]
Il fut une sorte de condottiere de la presse, dont Jules Janin, restant sensible à quelque saillie imprévue au milieu d'un déchaînement d'injures a tracé ce portrait: «Il écrivait vite et il était violent; il était violent aux ministres, aux chefs de l'opposition, violent aux serviteurs qui n'étaient pas de son parti, violent à tous. Il était revêche, insolent à outrance, taquin, piquant, hâbleur. Ces sortes d'écrivains tiennent beaucoup du paillasse des carrefours et du bandit de grand chemin.» Il lui rendait toutefois cette justice: «Au moins, il outrageait en face et les armes à la main.» Martainville, en effet (et c'est pourquoi en ce rôle de journaliste forcené il n'est pas tout à fait odieux), était amené à ne refuser aucune responsabilité, bien qu'il fût devenu, avec la quarantième année, à peu près difforme. Il était brave et ne craignait ni les procès ni les duels. Il mourut, fort inopportunément pour sa mémoire, au lendemain de la révolution de
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