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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

énigmatique, a fait l'objet d'une étude récente d'un magistrat, M.Louis André. MmeCourier est morte à
Genève, remariée, en 1842.

Un monument a été élevé à Véretz, en 1876, à la mémoire de Paul-Louis Courier. Un des accusés du
second procès, Pierre Dubois, octogénaire alors, vivait encore.

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LA PEUR DE LA PRESSE

C'est l'imprimerie qui met le monde à mal. C'est la lettre moulée qui fait qu'on assassine depuis la
création, et Caïn lisait les journaux dans le paradis terrestre. Il n'en faut point douter; les ministres le

disent; ces ministres ne mentent pas, à la tribune surtout.

Que maudit soit l'auteur de cette damnable invention, et, avec lui, ceux qui en ont perpétué l'usage, ou
qui jamais apprirent aux hommes à se communiquer leurs pensées! Pour telles gens l'enfer n'a point de

chaudières assez bouillantes. Mais remarquez le progrès toujours croissant de la perversité! Dans l'état de

nature célébré par Jean- Jacques avec tant de raison, l'homme, exempt de tout vice et de toute corruption

des temps où nous vivons, ne parlait point, mais criait, murmurait ou grognait, selon ses affections du

moment. Il y avait plaisir alors à gouverner. Point de pamphlets, point de journaux, point de réclamations

sur l'impôt. Heureux âge qui dura trop peu!

Bientôt des philosophes, suscités par Satan pour le renversement d'un si bel ordre de choses, avec
certains mouvements de la langue et des lèvres articulèrent des sons, prononcèrent des syllabes. Où

étais-tu, Séguier! Si l'on eût réprimé, dès le commencement, ces coupables excès de l'esprit anarchique et

mis au secret le premier qui s'avisa de dire ba be bi bo bu, le monde était sauvé; l'autel sur le trône, ou le

trône sur l'autel, avec le tabernacle, affermis pour jamais; en aucun temps, il n'y eût eu de révolutions.

Les pensions, les traitements, augmenteraient chaque année. La religion, les moeurs. ah! que tout irait

bien! Nymphes de l'Opéra, vous auriez part encore à la mense abbatiale et au revenu des pauvres. Mais

fait-on jamais rien à temps! Faute de mesures préventives, il arriva que les hommes parlèrent, et tout

aussitôt commencèrent à médire de l'autorité, qui ne le trouva pas bon, se prétendit outragée, avilie, fit

des lois contre les abus de la parole; la liberté de la parole fut suspendue pour trois mille ans, et, en vertu

de cette ordonnance tout esclave qui ouvrait la bouche pour crier sous les coups ou demander du pain

était crucifié, empalé, étranglé, au grand contentement de tous les honnêtes gens. Les choses n'allèrent

point mal ainsi, et le gouvernement était considéré.

Mais quand un Phénicien (ce fut, je m'imagine, quelque manufacturier, sans titre, sans naissance) eut
enseigné aux hommes à peindre la parole et fixer par des traits cette voix fugitive, alors commencèrent

les inquiétudes vagues de ceux qui se lassaient de travailler pour autrui, et en même temps le dévouement

monarchique de ceux qui voulaient à toute force qu'on travaillât pour eux. Les premiers mots tracés

furent liberté, loi, droit, équité, raison; et, dès lors, on vit bien que cet art ingénieux tendait directement à

rogner les pensions et les appointements. De cette époque datent les soucis des gens en place, des

courtisans.

Ce fut bien pis quand l'homme de Mayence (aussi peu noble, je crois, que celui de Sidon) à son tour eut
imaginé de serrer entre deux ais la feuille qu'un autre fit de chiffons réduits en pâte: tant le démon est

habile à tirer parti de tout pour la perte des âmes! L'Allemand, par ce moyen, multipliant ces traits de

figures tracées qu'avait inventés le Phénicien, multiplia d'autant les mots que fait la pensée. O terrible

influence de cette race qui ne sert ni Dieu, ni le roi, adonnée aux sciences mondaines, aux viles

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