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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

Murat et Davout auraient peut-être été de grands poètes. Ils se battaient comme on voudrait écrire.

Pauvre temps que le nôtre! Force vers point de poésie; force vaudevilles, point de théâtre. Talma, voilà
tout.

J'aimerais mieux Molière.

On nous promet le Monastère, nouveau roman de Walter Scott. Tant mieux, qu'il se hâte, car tous nos
faiseurs semblent possédés de la rage des mauvais romans. J'en ai là une pile que je n'ouvrirai jamais, car

je ne serais pas sur d'y trouver seulement ce que le chien dont parle Rabelais demandait en rongeant son

os: «Rien qu'ung peu de mouëlle.»

L'année littéraire est médiocre; l'année politique est lugubre: M.le duc de Berry poignardé à l'Opéra, des
révolutions partout.

Une grande querelle politique vient de s'émouvoir ces jours-ci, à propos de M.Decazes. M.Donnadieu
contre M.Decazes; M.d'Argoult contre M.Donnadieu; M.Clausel de Coussergues contre M.d'Argoult.

M.Decazes s'en mêlera-t-il enfin lui-même? Toutes ces batailles nous rappellent les anciens temps où de
preux chevaliers allaient provoquer dans son fort quelque géant félon. Au bruit du cor, un nain paraissait.

Nous avons déjà vu plusieurs nains apparaître. Nous n'attendons plus que le géant.

Le fait politique de l'année 1820, c'est l'assassinat de M.le duc de Berry; le fait littéraire, c'est je ne sais
quel vaudeville. Il y a trop de disproportion. Quand donc ce siècle aura-t- il une littérature au niveau de

son mouvement social, des poètes aussi grands que les événements?

***

Ce poète génial, il allait venir. C'était Victor Hugo lui même. Il est piquant de le voir demander par celui
qui allait emplir un siècle de son nom.

*****

PAUL-LOUIS COURIER

(1772-1825)

Paul-Louis Courier, soldat jusqu'en 1809 et le plus lettré des commandants d'artillerie, helléniste fervent,
traducteur de Daphnis et Chloé, se trouva amené par l'indépendance même de son humeur, à se

transformer en polémiste sous la Restauration. Sa «Pétition aux deux Chambres», en 1816, eut un

extrême retentissement. En 1821, il était condamné à deux mois de prison pour le «Simple discours» où

il s'élevait contre la souscription proposée par le ministre de l'intérieur pour faire don du château de

Chambord au duc de Bordeaux. La «Pétition pour les villageois qu'on empêche de danser» (1822) est l'un

des morceaux qui sont restés les plus célèbres du «vigneron de la Chavonnière», comme s'appelait

Paul-Louis Courier. Cette mordante ironie dans le style qui a le plus de verdeur, se retrouve dans les

Lettres qu'il envoyait au journal le Censeur, comme dans celle que l'on va lire, où il raillait les efforts du

gouvernement contre la presse.

L'assassinat de Paul-Louis, dans la forêt de Larçay par un garde, Louis Frémont, crime où la participation
indirecte de MmeCourier, arrêtée un moment pendant l'instruction du second procès, est restée

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