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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

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LA SECONDE RESTAURATION

VICTOR HUGO

(1802-1885)

Pendant cette période de la Restauration, on ne saurait oublier Victor Hugo, journaliste. En
décembre1819 parut le premier numéro du Conservateur littéraire, revue bimensuelle, fondée par Abel

Hugo; il avait vingt et un ans. Victor Hugo, qui prit la part la plus active à cette publication, en avait

dix-sept.

Chateaubriand fut, en quelque sorte, le parrain du Conservateur littéraire, en lui souhaitant la bienvenue:
«Lorsque le culte qu'on voue aux Lettres est pur, elles se montrent généreuses, car alors c'est dans leur

sein que se forment les grands talents et que se préparent les grands caractères.»

L'activité de Victor Hugo se manifesta de toutes les façons dans le Conservateur, de1819 à1821. Il en
soutenait tout le poids, passant de la critique littéraire et de la critique dramatique à des articles

semi-politiques, à des portraits, à des études historiques, à des variétés. Outre nombre de poèmes, Victor

Hugo publia là Bug- Jargal.

Il n'est pas peu curieux de trouver dans les feuilletons dramatiques de Victor Hugo, adolescent encore,
une appréciation des plus gracieuses d'un vaudeville de Scribe, la Somnanbule, représenté le 6décembre

1819. «Nous n'analyserons pas le vaudeville nouveau: l'ennui qu'inspire une analyse est presque toujours

en raison directe des plaisirs que cause un ouvrage, et dans ce cas, nous risquons d'être mortellement

ennuyeux. La Somnambule est un petit chef-d'oeuvre où nous aurions honte de relever quelques

invraisemblances. Ces défauts sont si légers que nous ne savons si les auteurs doivent chercher à les

effacer: souvent, quand le tissu est délicat, en voulant enlever une tache, on le déchire. Depuis

longtemps, aucun théâtre n'avait vu (les genres mis à part) un succès aussi éclatant et, ce qui est plus

encore, aussi mérité.»

Au Conservateur/littéraire collaborèrent Saint-Valry Trébuchet, Gaspard de Pons, A.Soumet, Alfred de
Vigny. En 1821, le Conservateur se réunit aux Annales de la littérature et des arts, rédigé par Ch. Nodier,

A.Guiraud, Vanderbourg, Brifaut, Meunechet, etc.

La page que l'on va lire est une sorte de bilan littéraire de la première moitié de l'année 1820. Victor
Hugo n'a déjà plus les indulgences qu'il a eues pour le vaudeville.

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UN BILAN

L'année littéraire s'annonce médiocrement. Aucun livre important, Aucune parole forte; rien qui
enseigne, rien qui émeuve. Il serait temps, cependant, que quelqu'un sortît de la foule et dît: «Me voilà!»

Il serait temps que parût un livre ou une doctrine, un Homère ou un Aristote. Les oisifs pourraient du

moins se disputer: cela les dérouillerait.

Mais que faire de la littérature de 1820, encore plus plate que celle de 1810, et plus impardonnable,
puisqu'il n'y a plus de Napoléon pour résorber tous les génies et en faire des généraux? Qui sait? Ney,

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