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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

leur immortelle renommée.

Journal des Débats, 19 mars 1815.)

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J.- T.Merle (1785-1852)

Merle, qui fut un auteur dramatique abondant, qui fut directeur de théâtre, demeura toute sa vie
journaliste, fidèle à ses opinions légitimistes. En dehors de ses articles politiques, il rédigea

successivement le feuilleton de la Gazette de France, de la Quotidienne, de l'Union. On sait qu'il avait

épousé la grande et passionnée comédienne Marie Dorval. Très honnête homme, il prit le parti d'être un

mari philosophe.

Si on le cite dans ce recueil c'est à propos de sa collaboration au Nain jaune, publication accompagnée
d'estampes satiriques, qui joua son rôle pendant la première Restauration. Fondée par Cauchois-Lemaire,

rédigée par des écrivains qui venaient de différents partis, comme Etienne et de Jouy, elle représentait un

royalisme libéral et plaisantait, selon un mot qu'elle créa et qui est resté, les «chevaliers de l'Éteignoir».

Au retour de l'île d'Elbe, les éléments bonapartistes du Nain jaune l'emportèrent. Le numéro du 25mars
1815 débutait par cette déclaration: «Cruellement mutilés par la censure, quotidiennement dénoncés par

les journaux antifrançais, nous avons été quelque temps obligés de céder à la force des circonstances: ce

temps d'une tyrannie passagère n'est plus» Et le Nain jaune saluait le gouvernement «qui venait d'être

rendu d'une manière si inespérée et si miraculeuse».

Merle avait continué à s'occuper des théâtres. L'article ci-dessous, à la fin de juin1815, a un intérêt
historique, par l'évocation de la situation morale, et par là cet intérêt dépasse celui d'un simple feuilleton.

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PARIS A LA FIN DE JUIN1815

Quoique les spectacles soient un besoin pour les Français, et plus particulièrement pour les Parisiens, il
est cependant des circonstances qui neutralisent leur attrait naturel. Il ne faut rien moins que la présence

des armées ennemies aux portes de la capitale pour attirer notre attention sur le moment possible et peut

être prochain d'une invasion. Les soporifiques malheurs d'Almazan et d'Ormosa, les facétieuses

espiègleries de Crispin les romanesques amours de Félicie, sont d'un bien faible intérêt auprès des

grandes pensées qui occupent en ce moment six cent mille têtes dans Paris; aussi le plus mauvais journal

jouit de plus de faveur que la meilleure pièce, et le Patriote de 89 lutte même avec avantage contre une

affiche de spectacle. Il n'est pas un opéra de Quinault qui puisse faire oublier les fortifications de

Montmartre, et pas une comédie de Molière qui soit digne de soutenir la comparaison avec une séance de

la Chambre des représentants. Il faut convenir que les scènes qui nous environnent sont assez

dramatiques pour nous faire oublier que depuis plusieurs jours tous les théâtres de la capitale sont fermés;

elles occupent assez notre curiosité pour ne pas lui permettre de regretter Talma, Monrose, Brunet et la

Pie de Palaiseau; et les événements qui se passent sous nos yeux offrent une réunion variée de tous les

genres de comique et de toutes les nuances de pathétique; le burlesque se trouve à côté du sérieux, le gai

à côté du larmoyant, et le plaisant tout à côté de l'atrocité. Depuis huit jours Paris présente l'aspect le plus

singulier. Environné de troupes ennemies, livré presque à ses seules ressources, réunissant dans son

enceinte les seuls défenseurs sur lesquels il puisse compter, il voit les destinées de la France confiées aux

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