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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
conservées aux manuscrits de la Bibliothèque nationale (fonds français 3840). Ces notes avaient trait surtout aux opérations militaires, mais Louis XIII adressait aussi à Renaudot des comptes rendus des ballets de cour, et il en fut ainsi, notamment, pour le ballet de la Merlaizon, qu'il avait composé.
La Gazette n'offrit d'abord que des «informations» fort brèves, «commençant par les lieux les plus éloignés pour finir par la France». Pour la France, ce n'étalent guère que des nouvelles de la cour et des déplacements royaux. Dès le mois de novembre, Renaudot doubla son format. Il y eut bientôt aussi les «Extraordinaires», sortes de «suppléments» consacrés aux événements officiels dont le récit demandait quelques détails ou à des biographies de personnages dont la mort était récente. Le père du journalisme avait tout entrevu! En 1632 il accompagnait certains faits de quelques réflexions sommaires. Mais il avait accoutumé, généralement une fois par mois, de se plaire à une manière de causerie avec ses lecteurs, pleine de bonhomie et parfois de malice, où il répondait à ses détracteurs (il n'avait pas manqué d'en avoir), où il disait ses projets, où il constatait son succès, où il mettait aussi le public au courant des difficultés qu'il rencontrait, où il s'excusait de quelque erreur commise malgré sa bonne foi. «Guère de gens possible ne remarquent la différence qui est entre l'Histoire et la Gazette, ce qui m'oblige de vous dire que l'Histoire est le récit des choses advenues, la Gazette seulement le bruit qui en court. La première est tenue de dire toujours la vérité, la seconde fait assez si elle empêche de mentir. Et elle ne ment pas, même quand elle rapporte quelque nouvelle fausse qui lui a été donnée pour véritable. Il n'y a que le seul mensonge qu'elle controuverait à dessein qui la puisse rendre digne de blasme.»
Dans une de ces causeries, il parlait des mesures prises par des Etats étrangers contre la circulation de la Gazette. Il en parlait non sans hauteur et d'une façon prophétique: «Feray-je en ce lieu prière aux princes et Estats estranges de ne point perdre inutilement le temps à vouloir fermer passage à mes Nouvelles, veu que c'est une marchandise dont le commerce ne s'est jamais pu deffendre et qui tient cela de la nature des torrents qu'il se grossit par la résistance.»
La Gazette paraissait le samedi et était vendue, par cinquante colporteurs se répandant dans Paris, un sol parisis. Une estampe contemporaine, mêlant la réalité à l'allégorie, montre un de ces colporteurs, son panier en bandoulière et y entassant les exemplaires. Quant à la Gazette, elle est représentée sous la figure d'une femme, assise sur un trône, - le futur quatrième Pouvoir! Ce trône a pour marches quantité de feuillets d'imprimerie. La Gazette fait tomber le masque du Mensonge. Elle est vêtue d'une robe toute parsemée d'oreilles.
La Gazette, assise sur un trône par l'inspirateur de l'estampe, n'en était pas moins, forcément, fort dépendante de ses puissants protecteurs. Telle note émanée de Richelieu devait être parfois insérée d'urgence, dût-on arrêter le tirage commencé et supprimer, pour faire place à cette «copie», politique, un nombre de lignes équivalent. A la mort de Louis X111, Théophraste Renaudot, déjà très attaqué par les médecins, ne lui pardonnant pas l'autorisation qu'il avait obtenue de bâtir l' «Hôtel des consultations charitables», dans lequel ils voyaient une Faculté rivale, employant contre lui toutes les influences dont ils disposaient, risqua fort une disgrâce complète. On se faisait une arme contre lui, auprès de la régente Anne d'Autriche, d'une de ces notes de Richelieu où, à mots couverts, il avait, quelque dix ans auparavant, menacé la reine à propos de son attitude à l'égard de l'Espagne (1).
[(1) Voir sur toutes les luttes qu'eut à soutenir le fondateur de la Gazette, l'ouvrage du regretté docteur Gilles de la Tourette, Théophraste Renaudot,.]
Renaudot, bien qu'il pût prouver qu'il n'avait fait qu'obéir à un ordre du cardinal, ne se tira pas sans difficultés du péril. Ce ne fut qu'à force d'adresse et de souplesse qu'il maintint ses privilèges. Mais ses
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