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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

Le Journal des Débats, qui connut, lui aussi, des poursuites, malgré le loyalisme monarchique de Bertin
aîné, son directeur, évolua de plus en plus avec Salvandy, Saint- Marc Girardin, Sylvestre de Sacy,

Béquet ( l'auteur de ce conte célèbre: Le Mouchoir bleu ) vers les idées libérales. Guizot, pendant

quelques années, avait, dans les Archives, représenté le parti doctrinaire.

Du côté des royalistes ardents, c'était Briffaut, Sévelinges, Lassalle (la Gazette de France), Michaud,
Laurentie, d'Espinouze, Fiévée, Merle (la Quotidienne) de Bonald (le Journal royal); l'exalté

Martainville, Nodier, H.de Bonald (le Drapeau blanc). Le Conservateur, s'opposant à la Minerve, avait à

sa tête Mathieu de Montmorency, de Vitrolles, de Polignac, Lamennais.

Au Globe débutait un jeune écrivain au nom encore inconnu: il s'appelait Sainte- Beuve.

*****

BENJAMIN CONSTANT

(1767-1830)

On ne saurait résumer en quelques lignes la vie agitée, pleine de péripéties souvent contradictoires, de
Benjamin Constant. «Les sentiments de l'homme sont confus et mélangés,» a-t-il dit dans ce court roman

d'Adolphe, chef-d'oeuvre d'analyse, qui est aujourd'hui mieux compris qu'il ne le fut au temps de sa

publication. Une âme inquiète apparaît, en effet, une âme tourmentée, exigeante abondante en contrastes,

prompte au désabusement, a une âme insaisissable D, écrivait Sainte-Beuve, qui, d'ailleurs, fut sévère et

parfois injuste pour Benjamin Constant.

Dans son journal intime, l'homme qui fut voué à la destinée orageuse que l'on sait notait ceci: «Une des
singularités de mon existence, c'est d'avoir toujours passé pour insensible et sec, et d'avoir été

constamment gouverné par des sentiments indépendants de tous calculs, et même destructifs de tous mes

intérêts de position, de gloire et de fortune.»

L'article fameux - bien qu'on n'en connaisse généralement qu'une phrase - qu'on va lire, atteste la vérité
de cette assertion. Benjamin Constant avait perdu toute illusion sur le libéralisme des Bourbons quand se

produisit le retour de l'île d'Elbe. A la veille de l'arrivée de Napoléon à Paris, il écrivit, dans le Journal

des Débats, le réquisitoire le plus violent, le plus enflammé, on pourrait dire le plus furieux, contre

l'empereur déjà inévitablement maître de la situation. Or, cet article, ce n'était pas son dévouement à

Louis XVIII qui le lui inspirait. Il l'avait jeté sur le papier, comme en caractères de feu, pour plaire à

MmeRécamier, dont il était éperdument épris, bien qu'il n'eût pu avoir raison de sa froideur.

On en a la preuve par une note d'un de ses carnets: «Débarquement de Bonaparte. MmeRécamier me
pousse à me jeter à corps perdu du côté des Bourbons;» et par ce billet adressé à la belle Juliette: «Le

monde croulerait que je ne songerais qu'à vous. J'expose ma tête pour une cause que vous aimez. Je brave

Bonaparte, qui va revenir... Tout le monde me dit de ne pas l'attendre: je reste pour vous prouver, au

moins, qu'il y; 1 en moi quelque chose de courageux et de bon.»

On connaît la suite ironique donnée à cette véhémente déclaration de principes. Quelques jours plus tard,
Napoléon faisait demander Benjamin Constant, le séduisait, le nommait conseiller d'Etat, et, le

transformant en un des défenseurs de l'Empire, le chargeait de rédiger un projet de constitution.

A la seconde Restauration, - et c'est là la période vraiment brillante de sa carrière politique, -- Benjamin
Constant, devenu le chef de l'opposition, ne cessa à la tribune ou par la plume, de revendiquer les libertés

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