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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

l'opinion. L'histoire de la Restauration peut s'écrire par ses lois sur la presse et par ses innombrables
procès de presse. C'est à cette question de la liberté de la presse que reviennent constamment les débats

parlementaires, dont l'élévation contraste avec les réquisitoires passionnés d'un procureur du roi tel que

M.de Marchangy, réquisitoires qui sont demeurés les documents les plus singuliers pour montrer

comment on transfigurait un article de journal en «écrit séditieux».

L'opposition, malgré tous les obstacles, poursuivait ses campagnes avec courage, avec ingéniosité aussi,
en usant d'artifices, comme la Minerve, à laquelle collaborait Benjamin Constant. La publication

paraissait à des dates indéterminées et échappait ainsi aux réglementations de la presse. Le journal libéral

combattu par le pouvoir, proscrit par lui, renaissait sous des formes diverses. Les difficultés suscitaient

des armes nouvelles, dans cette bataille de quinze ans, où le gouvernement n'incriminait pas seulement

les actes, mais encore les «tendances». Les brillants plaidoyers des avocats des journalistes traduits

devant les tribunaux reprenaient les arguments des articles déférés à la justice. La presse, en dépit de tout,

attestait sa puissance, et c'est elle, en 1830, qui devait avoir raison du régime qui, tout en lui ayant été si

rude, n'avait pu empêcher les manifestations des talents les plus vigoureux. «Vos lois, avait dit Royer-

Collard dans un de ses discours, seront vaines.» Les événements devaient justifier cette prophétie d'un

royaliste de la première heure, amené, par l'excès des mesures répressives, à protester contre elles et à

exposer ironiquement les conceptions ministérielles en matière de presse: «Plus d'écrivains, plus de

journaux, plus d'imprimeurs.» C'est ce qu'avait dit aussi, à la Chambre des députés, Casimir Périer,

raillant amèrement le projet du ministère Villèle: «Autant vaudrait proposer un article unique, qui dirait:

«L'imprimerie est supprimée en France.» Et Chateaubriand, qui n'était plus le Chateaubriand de 1815,

appelait ces lois contre la presse «des lois vandales».

C'est l'honneur du journalisme libéral de la Restauration que d'avoir été inaccessible au découragement,
d'avoir sans cesse trouvé des ressources nouvelles de dialectique et d'esprit, de s'être opposé à la

manoeuvre gouvernementale qu'une caricature d'alors traduisait ainsi: «En arrière, marche!» Au

demeurant, selon le mot de Royer-Collard, tout avait été vain contre la presse: elle n'avait fait que grandir

et prendre une force d'action plus considérable. C'est la période où, inspirée seulement par des idées,

désintéressée, non industrialisée encore elle représente vraiment la conscience nationale.

Les noms des signataires de la protestation fameuse contre les ordonnances, le 26juillet 1830 doivent être
ici rappelés: Thiers, A.Carrel, Mignet Chambolle, Peysse, A.Stopfert, Dubochet, Rolle, Gauja (

National); Évariste Dumoulin, Cauchois-Lemaire, Aunée ( Constitutionnel); Chatelain, L.de Jussieu,

Avenel, J.-F.Dupont, Guyet, Moussette, de la Pelouze ( Courrier français). Ch. de Rémusat, Dejean, de

Guizard, Pierre Leroux (le Globe) Baude, Busoni, Barbaroux, Haussmann, Dussart, Coste, Senty, Billiard

( Temps); Larréguy, Bert ( Commerce): Léon Billet ( Journal de Paris), Fabre Ader ( Tribune des

Départements); Sarrans ( Courrier des électeurs); Bohain, N.Roqueplan ( Figaro); Vaillant (le Sylphe).

Aux débuts de la Restauration, Comte et Dunoyer avaient fondé le Censeur(1); Benjamin Constant, Jay,
Tissot, de Jouy, Etienne, rédigeaient la Minerve; Chevalier et Regnaud, la Bibliothèque historique,

atteinte par un des premiers procès de presse. Benjamin Constant se retrouvait aussi à la Renommée,

avec Pagès, Aignan et de Jary; le Miroir, qui, en 1821, fut défendu par Dupin, avait pour collaborateurs

Arnault, de Jouy, Dupaty; le Courrier français, poursuivi pour ses tendances, avait pour principaux

inspirateurs Manuel et Kératry.

[(1) Le Censeur devint quotidien en 1819, et à ses rédacteurs s'adjoignirent Augustin Thierry, Say,
Dunoyer, Chatelain. ]

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