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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
Kamtschatka; car nous serions gens à préférer la mort.
Il ne me donna pas le temps d'achever, et sortit en fermant la porte avec violence. Je fus curieux de connaître l'écrit qu'il m'avait présenté si galamment: c'était une petite note apologétique en quatre pages, dans laquelle l'ami de l'auteur, ou probablement l'auteur lui-même, marque sa place entre Tacite et Bossuet; où l'on prouve qu'il a plus de profondeur que Montesquieu; des aperçus plus fins, plus philosophiques que Voltaire; un style plus énergique que celui de Vertot, plus élégant que celui de Saint-Réal, et qu'il joint à tous ces avantages l'impartialité de Duclos et de Robertson.
(L'Hermite de la chaussée d'Antin, 1812.)
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KÉRATRY
(1769-l859)
La longue existence de A.H. de Kératry le mêla à bien des évolutions politiques. Député du Finistère sous la Restauration, il siégea sur les bancs de l'opposition libérale. Il accentua son attitude dans le Courrier français et fut, en juillet, parmi les signataires des ordonnances. Il avait aidé à l'avènement de Louis-Philippe: il n'éprouva pas les déceptions de beaucoup de ceux qui avaient contribué à établir le nouveau gouvernement, et il ne cessa de le soutenir même dans ses fautes. La Révolution de 1848 le déçut profondément, et, membre des assemblées qui la suivirent, il montra son animosité contre les institutions républicaines. Où était le libéral de jadis?
Pendant le silence imposé par l'Empire aux écrivains politiques, Kératry, qui écrivait des poèmes et des fantaisies philosophiques, avait pris part à la rédaction des feuilles littéraires que tolérait encore le gouvernement. Les sujets généraux et ne pouvant prêter à la moindre allusion étaient les seuls qu'il fût permis de traiter dans le Publiciste et dans le Mercure, qui toutefois finirent par ne pas échapper, eux aussi, aux rigueurs du régime.
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GENS DE LETTRES D'AUTREFOIS
Les gens de lettres d'autrefois connaissaient mieux que ceux d'aujourd'hui les douceurs de l'amitié. Les mémoires du temps nous apprennent l'importance qu'ils attachaient à rester fidèles aux liaisons déjà formées. Celui qui se fût affranchi le premier des devoirs qu'elles imposent, se fût rendu coupable d'un tort grave aux yeux de tous; de là le soin que quelques-uns ont mis à s'en défendre. L'épigramme sortait pourtant de l'encrier, le sarcasme s'échappait des lèvres; mais la bienveillance était au tond des coeurs, et, quand on avait besoin d'y recourir, on ne la cherchait pas en vain. Ces contradictions s'expliquent: les écrivains vivaient plus entre eux qu'aujourd'hui. Membres épars d'une seule famille, se traitant comme tels, ils avaient divers points de réunion qui leur manquent à présent. Ils se rencontraient à la table des grands seigneurs, des financiers, des femmes aimables, et quelquefois des hommes d'Etat, où, condamnés à avoir de l'esprit à tout prix et à le dépenser en argent comptant, ils ne s'épargnaient pas toujours.
Lorsqu'un bon mot devient une bonne fortune, lorsque ce bon mot doit circuler pendant une semaine au moins dans la capitale et partir ensuite en poste pour la province, le sacrifice en serait trop pénible pour qu'on pût raisonnablement l'exiger. L'arc ayant été tendu, il faut que le trait se décoche, dût le voisin en souffrir; mais comme la flèche n'a point été trempée dans des sucs vénéneux, la plaie tardera peu à guérir.
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