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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

annonçons, peuvent être écrits sans péril. Et néanmoins les ruines et les tombeaux révèlent souvent des
vérités qu'on n'apprendrait point ailleurs; car la face des lieux ne change pas comme le visage des

hommes: Non ut hominum vultus, ita locorum facies mutantur.

( Mercure de France, 4juillet 1807)

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DE JOUY (1764-1846)

L'Hermite de la chaussée d'Antin, sorte de revue de moeurs, commencée en 1812, se rattache à l'histoire
du journalisme. «Tout était nouveau dans l'Hermite, a dit Ernest Legouvé, qui a tracé un aimable portrait

du sybarite que fut Étienne de Jouy (un sybarite ayant eu tout d'abord d'assez rudes aventures): la forme,

le titre, le sujet, l'auteur. Homme du monde, homme de plaisir, batailleur, causeur, il racontait sa vie de

tous les jours en racontant la vie de Paris. Ce qu'on appelle le Parisianisme est parti de l'Hermite de la

chaussée d'Antin, l'école de la chronique est partie de l'Hermite de la chaussée d'Antin ». L' «Hermite» ne

se piquait nullement d'austérité, bien qu'il s'amusât à revêtir un froc en guise de robe de chambre; son

«hermitage» offrait l'un des salons les plus recherchés de Paris, et on y tirait des feux d'artifice d'esprit.

Les fusées se sont éteintes, mais elles ont laissé une trace. C'est une époque que représente Etienne de

Jouy, épicurien et voltairien.

Le libéralisme de E.de Jouy devait l'exposer, sous la Restauration, à quelques condamnations de presse.

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L'AUTEUR MÉCONTENT

J'étais, vendredi dernier, seul, au bureau de la rédaction de la Gazette de France, occupé à corriger
l'épreuve de mon dernier article. Enfoncé dans le grand fauteuil de cuir noir, devant une table couverte de

brochures nouvelles, de journaux et de manuscrits, lisant avec attention, et la plume à la main, quelques

bandes imprimées, il était tout simple qu'un étranger me prit pour le rédacteur du journal, et qu'une

méprise me donnât l'idée de profiter des autres.

Un gros homme à voix aigre, à face jaunâtre, ouvrit brusquement la porte et me demanda d'un ton
brusque et impérieux si j'étais le rédacteur de la Gazette. - Je commence par vous prévenir qu'il y a des

questions et des gens auxquels je ne me crois pas obligé de répondre. - Et moi, je vous préviens que je

suis un homme tout franc, et qui dit tout ce qu'il pense. - Tant pis pour vous, monsieur, un excès de

franchise est quelquefois une indécence comme la nudité; mais enfin de quoi s'agit-il? - D'un article de

journal, dont l'auteur est nécessairement un ignorant, puisqu'il n'a pas su apprécier mon ouvrage sur les

Révolutions du Kamtschatka ; il m'a tout contesté, jusqu'au mérite du style, sur lequel il n'y a qu'une

voix. - En comptant la vôtre, peut-être. Quoi qu'il en soit, monsieur, votre livre et les critiques qu'on en a

faites forment les pièces d'un procès dont le public est le seul juge; si vous m'en croyez, vous attendrez

son arrêt sans attacher trop d'importance aux conclusions des journalistes qu'il ne ratifie pas toujours. - Je

ne me paye pas de phrases banales; on m'a fait une insulte dans ce journal, et j'en aurai raison d'une

manière ou de l'autre. - Quelle est cette manière et quelle est l'autre? - Vous insérerez dans votre journal

un désaveu formel de l'article dont je me plains. Le voici tel qu'un homme de lettres de mes amis l'a

rédigé, ou, parbleu, vous vous brûlerez la cervelle avec moi. - Permettez-moi de vous dire qu'on peut se

dispenser de vous rendre ce dernier service, car votre cerveau me paraît déjà passablement brûlé; mais,

pour Dieu, ne nous mettez pas dans l'alternative de mourir ou de dire du bien de vos Révolutions du

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