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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

Voilà ce qu'était le Français du temps passé; voilà ce que le Français d'aujourd'hui peut et doit être. La
politesse rend le joug plus léger, l'obéissance plus facile, la vie plus douce et le bonheur de tous mieux

assuré.

(21novembre 1806.)

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CHATEAUBRIAND

Ce n'était que par des moyens détournés que de grandes voix pouvaient encore essayer de se faire
entendre. Aussi, dans le Mercure du 4juillet 1807, Chateaubriand, à propos d'une étude sur le Voyage en

Espagne de M.de Laborde, écrivait-il l'article fameux dont quelques passages étaient l'amère satire des

moyens de gouvernement de l'empereur. En ce temps où n'existait plus aucune liberté, c'était un

audacieux défi. «La foudre, dit Joubert, resta quelque temps suspendue sur la tête de Chateaubriand; à la

fin, le tonnerre a grondé, le nuage a crevé; tout cela a été vif et même violent.» La rédaction du Mercure

se vit imposer quatre censeurs, et Chateaubriand reçut l'ordre de s'exiler à quelques lieues de Paris.

Les colères accumulées de Chateaubriand contre l'Empire devaient éclater en 1814 dans son pamphlet
Bonaparte et les Bourbons.

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NÉRON... MAIS TACITE

Il y a des genres de littérature qui semblent appartenir à certaines époques de la société: ainsi la poésie
convient plus particulièrement à l'enfance des peuples, et l'histoire à leur vieillesse. La simplicité des

moeurs pastorales ou la grandeur des moeurs héroïques veulent être chantées sur la lyre d'Homère; la

raison et la corruption des nations civilisées demandent le pinceau de Thucydide. Cependant la Muse a

souvent retracé les vices des hommes; mais il y a quelque chose de si beau dans le langage du poète, que

les crimes mêmes en paraissent embellis: l'historien seul peut les peindre sans en affaiblir l'horreur.

Lorsque, dans le silence de l'abjection, l'on n'entend plus retentir que la chaîne de l'esclave et la voix du

délateur; lorsque tout tremble devant le tyran, et qu'il est aussi dangereux d'encourir sa faveur que de

mériter sa disgrâce, l'historien parait, chargé de la vengeance des peuples. C'est en vain que Néron

prospère, Tacite est déjà né dans l'Empire; il croît inconnu auprès des cendres de Germanicus, et déjà

l'intègre Providence a livré à un enfant obscur la gloire du maître du Monde. Bientôt toutes les fausses

vertus seront démasquées par l'auteur des Annales; bientôt il ne fera voir dans le tyran déifié que

l'histrion, l'incendiaire et le parricide: semblable à ces premiers chrétiens d'Egypte qui, au péril de leurs

jours pénétraient dans les temples de l'idolâtrie, saisissaient au fond d'un sanctuaire ténébreux la Divinité

que le Crime offrait à l'encens de la Peur, et traînaient à la lumière du soleil, au lieu d'un Dieu quelque

monstre horrible.

Mais si le rôle de l'historien est beau, il est souvent dangereux! Il ne suffit pas toujours, pour peindre les
actions des hommes, de se sentir une âme élevée, une imagination forte, un esprit fin et juste, un coeur

compatissant et sincère: il faut encore trouver en soi un caractère intrépide, il faut être préparé à tous les

malheurs, et avoir fait d'avance le sacrifice de son repos et de sa vie.

Toutefois, il est des parties dans l'histoire qui ne demandent pas le même courage dans l'historien. Les
Voyages, par exemple, qui tiennent à la fois de la poésie et de l'histoire, comme celui que nous

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