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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

sottement amoureux, ils connaissent mieux la valeur de l'argent; peut-être n'en donnent-ils pas plus à
leurs femmes; mais, quand ils eu donnent aux femmes des autres, ils savent mieux pourquoi.

(18 messidor an X.)

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F.GUIZOT

(1787-1874)

En 1807, une jeune femme, Pauline de Meulan, collaborait assidûment au Publiciste fondé en 1801 par
Suard. Pauline de Meulan se trouva pendant quelque temps dans l'impossibilité d'écrire ses articles, qui

assuraient cependant son existence. Sa soeur venait de perdre son mari, mille soins douloureux

l'obsédaient, sa santé s'était affaiblie. «Tout à coup, a conté Ch. de Rémusat, elle reçoit une lettre sans

signature et d'une main inconnue. On a entendu parler de sa position, on ne veut pas se nom mer, mais on

lui propose de se charger du travail qu'elle avait promis au Publiciste. Elle refuse d'abord, touchée,

cependant, de la proposition. On la renouvelle avec plus d'instance. Séduite par le ton de simplicité et de

franchise, elle accepte enfin, et reçoit par une voie secrète des articles qu'elle ne pouvait regretter de

publier à la place des siens. Enfin, elle s'adresse à son discret correspondant, le conjure de se nommer et

refuse de continuer cette singulière relation s'il ne lui dit son secret.»

C'était M.Guizot, le futur adversaire du ministère Polignac en 1830, le futur ministre doctrinaire de
Louis-Philippe, le futur académicien. Celui qu'attendait une carrière d'homme d'Etat n'était alors qu'un

jeune professeur, dont l'ambition se bornait à une chaire d'histoire.

La confiance et la sympathie lièrent Pauline de Meulan et Guizot, dès qu'ils se connurent. En 1812 ils
s'épousèrent, bien que Pauline de Meulan eût quelques années de plus que lui. La sévérité du régime de la

presse, sous l'Empire, ne permettait de traiter que des sujets d'une généralité ne pouvant porter ombrage

au pouvoir. Dans son «intérim» du Publiciste, Guizot s'était plu à la critique des moeurs.

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L'IMPOLITESSE

... Une autre maladie de l'esprit, qui demande des remèdes d'autant plus prompts qu'elle fait un progrès
plus général, c'est l'impolitesse, infirmité avec laquelle on vit longtemps. Un plus mauvais plaisant que

moi dirait que c'est vivre sans savoir vivre. Je ne parle pas de cette impolitesse qui vient de la sécheresse

du coeur, de l'égoïsme ou de la stupidité, car les vices révoltent et sont incurables; mais on peut s'amuser

à signaler les ridicules, parce qu'on a toujours l'espoir d'en dégoûter ceux qui les possèdent. L'impolitesse

que je traite vient d'un jugement faux, d'un amour-propre mal entendu. On la distingue par plusieurs

signes, les mots et les choses, les manières et l'expression. Celui qui a la maladie de l'impolitesse est un

jeune homme de vingt ans; il entre dans un salon et salue du menton, absolument comme ces figures

grotesques qui, de la Chine, arrivaient sur les cheminées de nos grands-pères et qu'on a connues sous le

nom de «pagodes consultantes ». A l'âge de tout apprendre, il croit tout savoir; à l'âge d'écouter, il parle

sans cesse manquant au précepte de Saint-Evremond, qu'il n'a pas lu, il ne laisse pas avoir de l'esprit aux

autres. Les faire valoir est, à plus forte raison, un secret qu'il ignore, ce secret que les hommes et surtout

les femmes aimables possèdent si bien et dont on leur sait si bon gré!

J'observe, en passant, que, quelque blâmable que soit l'impolitesse, ce n'est point au tribunal des femmes

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