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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

MES CALOMNIATEURS
AUGUSTE LIREUX
LA MORALE AU THÉATRE

LAMENNAIS
SILENCE AUX PAUVRES
LES JOURNAUX DE FEMMES
DE LEUVEN ET BRUNSWICK ET LE JOURNAL-VAUDEVILLE

INTRODUCTION

I

Du premier numéro de la Gazette de Théophraste Renaudot au journal actuel, quel chemin parcouru par
la Presse!

La fondation de la Presse, en France, date véritablement de cette petite feuille hebdomadaire qui
commença à paraître le 30mai 1631 (1) sur quatre pages in-4°, au «Bureau d'adresses», autre invention

de l'ingénieux Renaudot, à l'enseigne du Grand Coq, «sortant du Marché-Neuf, près le Palais». Débuts

modestes, mais quelle idée était plus grosse d'avenir?

[(1) Les premiers numéros ne portaient d'autre indication qu'un signe alphabétique. C'est par induction,
une date apparaissant en tête du sixième numéro (4juillet 1631) qu'on a établi, pour le numéro initial,

celle du 30 mai.]

Cerveau sans cesse occupé de conceptions neuves, le médecin Théophraste Renaudot avait voyagé, en
observateur curieux. C'est de l'étranger qu'il avait rapporté le principe d'institutions charitables,

développé avec son tour d'esprit personnel et son sens avisé des réalisations pratiques. Les gazettes

vénitiennes et hollandaises et un écrit périodique anglais lui inspirèrent la pensée d'une publication plus

ordonnée et plus méthodique, plus véridique aussi. Ce souci de la vérité, fort altérée par les colporteurs

de nouvelles, quand elle n'était pas travestie par les auteurs de pamphlets clandestins, le préoccupait fort.

«Mes gazettes, dit-il dans un de ces exposés où il commentait et défendait son oeuvre, seront maintenues

pour l'utilité qu'en reçoivent le public et les particuliers: le public, pour ce qu'elles empeschent plusieurs

faux bruits qui servent souvent d'allumettes aux mouvements et séditions intestines;... les particuliers,

chacun d'eux ajustant volontiers ses affaires au modèle du temps.»

Le privilège de la Gazette était exclusif. Dès le mois de novembre de cette année 1631, un arrêt du
Conseil du roi spécifiait que «quiconque porterait préjudice à Renaudot seroit puni de six mille livres

d'amende» Louis XIII et Richelieu (rien ne reste plus, aujourd'hui, de la légende romantique de Louis

XIII, fantôme de roi entre les mains du cardinal) avaient compris toute l'importance d'un organe de

publicité; mais ils avaient compris, en même temps, les dangers, pour le Pouvoir, de la presse naissante.

Ils prévenaient l'opposition en ne lui laissant pas de moyens d'expression. Son privilège, Renaudot le

défendit parfois avec âpreté, mais ce n'était que contre des contrefacteurs. La concurrence était

impossible. Ce n'était pas seulement la faveur royale qui soutenait l'auteur de la Gazette, c'était un intérêt

de gouvernement.

Louis XIII ne se bornait pas à accorder son efficace protection à la Gazette. Il était le plus important de
ses collaborateurs anonymes, et de cette collaboration il reste la trace, des notes de la main même du roi,

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