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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

«Fiévée, a dit de lui M.Victor du Bled dans une excellente étude sur ce publiciste, dont les tendances
d'esprit faisaient surtout un spirituel moraliste, est un spectateur et un critique: ne rien admirer, ne rien

aimer, mais comparer, juger, analyser, résumer une situation dans une formule ironique à double sens,

assaisonner la vérité d'un ragoût piquant, fournir à un chef d'Etat ou au public leur provision quotidienne

de conseils sensés, voilà son rôle, sa devise, son programme. On dirait presque un astronome qui étudie

avec un merveilleux instrument de précision la marche d'une planète, tant lui font défaut l'émotion

intense, le frisson sacré; il n'ignore pas la puissance des sentiments et des passions, il les pèse dans sa

balance, avec les intérêts et les autres principes des actions humaines. La balance fonctionne

admirablement. Fiévée fait sa part exacte de chaque principe; il a très souvent raison, mais on lui en veut

presque d'avoir raison de cette manière.»

Ce sang-froid, il ne le perdait jamais. Le 9 thermidor, il arriva à la Convention au moment où il y avait
encore de la stupeur de l'acte qui venait de s'accomplir. - «Retournez à votre section, lui dit un

conventionnel, bouleversé d'avoir pris part à la chute de Robespierre, vantez l'assurance que vous avez

vue parmi nous, - Sans doute, répondit-il, cela me formera si je veux un peu écrire l'histoire.»

Fiévée, sous le Directoire, avait été un des collaborateurs les plus assidus de la Bibliothèque des Romans,
et, ne se bornant pas à analyser les romans des autres, il en avait écrit un dont le succès avait été vif, qui

réagissait contre les histoires ténébreuses et compliquées qui étaient alors à la mode. C'était l'aventure

d'une femme ruinée par la Révolution et qui se présentait, forcée de gagner sa vie, chez une parvenue en

qui elle reconnaissait une paysanne qu'elle avait autrefois dotée.

Tous les articles de Fiévée, à travers les époques qu'il traversa, contiennent quelque aphorisme ou
quelque paradoxe, et c'est, à la vérité, en en relevant quelques-uns qu'on donnera le mieux l'impression de

la manière de cet écrivain aiguisé, toujours soucieux de tenue.

*****

LA POLITIQUE D'UN PHILOSOPHE

- La force comprime; la force fait des révoltes, mais les opinions font des révolutions.

- C'est une chose remarquable de notre Révolution qu'elle trouve son point d'unité dans les craintes et ne
se divise que par les succès.

- L'envie et l'opinion publique sont toujours du côté des faibles contre les forts.

- L'esprit de Paris est, de sa nature contraire à tontes les institutions monarchiques; il est républicain avec
des moeurs qui exigeraient les verges du despotisme, mélange bizarre dont la Révolution nous a montré

les dangers et les résultats.

- Il est plus facile encore de gouverner les Français que de les changer.

- C'est lorsqu'il n'y a plus de liberté dans les institutions que toutes les libertés se réfugient dans les
esprits.

- La politique, même dans les gouvernements représentatifs, est ce qu'on ne dit pas.

- La liberté n'est vraiment pour les peuples que le droit de vivre selon leurs habitudes.

- Quand le peuple ne se croit pas tout, il s'accoutume volontiers à n'être rien.

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