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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
«Parisiens, vous y boirez tous.» Comme Melpomène a prêté aux auteurs sa coupe et ses couteaux, en oubliant de leur donner son génie, cette pièce est exempte des règles de l'art.
Cette pièce est en six actes et en prose: elle compte quatre cent cinquante scènes, dont chacune renferme un début, une intrigue et une catastrophe sanglante. Les principaux acteurs n'y figurent jamais deux fois.
Allons, silence! les acteurs arrivent. Je vois déjà le char de la Révolution s'avancer lentement au milieu d'une escorte nombreuse. Les héros de la pièce ont les mains derrière le dos.
Ceux qui ont mis la pantomime en train se retirent dans les coulisses, et, du haut du ci- devant palais de nos rois, ils entonnent un hymne à la louange de Néron, qui, du haut d'une tour, chantait le pillage de Troie en voyant brûler Rome, à laquelle il avait mis le feu lui-même. Les héros, en montant les degrés du trépas, chantent à leurs assassins:
Comité de salut public, Auguste et suprême puissance, La guillotine est le district Où tu vas cantonner la France. Dans six mois, venant à son tour, Tout ce peuple qui nous regarde, En pleurant se dira un jour: «Ils ne formaient que l'avant-garde.»
... Amis, à tous les coeurs bien nés, Hélas! que la patrie est chère! S'ils ne sont pas guillotinés, Leur existence est à l'enchère. Ma vie ou ma bourse! A Bondi C'est ce que veut un bon apôtre. Mais c'est bien autre chose ici: Il vous faut toujours l'une et l'autre.
Pour moi, j'ai toujours plaisanté sur la «sainte guillotine» Samson a déjà bien manqué de graisser ses poulies pour me faire jouer à la main chaude, mais peut-être suis-je semblable à l'oiseau qui chante quand on tient le couteau prêt pour lui couper le col. Cependant, vous avez tait une bévue de ne pas gober le luron quand vous le teniez. Aujourd'hui, si vous le faites reparaître au tribunal, il faudra lui couper la langue avant de lui couper la tête.
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Une citation de longue haleine n'est guère possible dans ces feuilles où l'ardeur belliqueuse du pamphlétaire passe d'un sujet à l'autre. Il suffit d'en indiquer le ton.
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J.FIÉVÉE
(1767-1839)
Fiévée salua la Révolution, eut, avant Bonaparte, des velléités royalistes, servit Napoléon, fut à la Restauration, en coquetterie avec les Bourbons, et victime des lois sur la presse, les bouda pour finir dans le libéralisme. Mais c'est lui qui disait «qu'on doit souvent changer d'opinion pour rester de son parti» Il avait commencé sa carrière avec Condorcet, à la Chronique de Paris; il l'achevait au National d'Armand Carre, après avoir passé par la Gazette de France.
Bonaparte avait remarqué ses articles dans le Mercure. Il le chargea d'une mission en Angleterre, avec ordre de lui écrire «ce qui s'y passait et ce qu'on y pensait». Empereur, Napoléon continua à faire de lui son informateur sur les choses françaises, mais il ne tarda pas à trouver l'informateur trop philosophe, et il le fit maître des requêtes au Conseil d'Etat, puis conseiller d'Etat, puis, pour éloigner ce serviteur gardant encore quelque indépendance, préfet de la Nièvre.
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