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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
L'ancienne éducatrice du duc de Chartres s'y plut à continuer sous une forme plus brève (ce qui devait lui être difficile) ces leçons de morale qu'elle aimait à donner, ne s'étant pas toujours souciée pour elle-même de ses enseignements. A la fin du Directoire et sous le Consulat, elle prit une part prépondérante à la Bibliothèque des Romans, qui paraissait périodiquement chez l'éditeur Maradau, et qui ne se bornait pas à la publication de la singulière littérature d'imagination du temps. Il y avait là aussi une partie de chronique, et sans doute Mmede Genlis trouvait-elle les livraisons trop restreintes pour tout ce qu'elle avait à dire. C'est là aussi qu'elle commença les Souvenirs de Félicie de S..., où il y a nombre d'anecdotes piquantes sur le XVIIIesiècle. Les livres nouveaux et les théâtres relevaient aussi de Mmede Genlis.
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LES VALETS DE COMÉDIE
Il me semble que les valets et les soubrettes de comédie sont des personnages tout à fait épuisés. Les anciens les peignaient d'après nature; c'étaient les esclaves favoris qui, élevés avec leurs jeunes maîtres, avaient reçu une sorte d'éducation qui leur donnait un bon langage, de la finesse, de l'adresse et de la ruse. Molière, Regnard et quelques autres les ont mis sur notre scène, avec un talent supérieur, mais sans aucune vraisemblance; car dans nos moeurs, les Crispins et les Martons sont des êtres imaginaires; tout ce qui n'est pas une imitation de la nature doit nécessairement s'épuiser avec le temps. On peindra toujours avec succès des tableaux représentant des paysages, des fleurs et des hommes, tandis que l'architecture, qui est un art de convention, et non un art imitatif, doit finir par n'offrir que des copies serviles ou inventions bizarres. Il paraît même que depuis le siècle de Louis XIV toutes ses combinaisons les plus belles et les plus savantes sont épuisées. Il en est ainsi des Crispins, des Frontins, etc.. Les auteurs, ne trouvant point de modèles existants, se contentent de copier, et, comme on sait d'avance, avec certitude, que ces personnages sont intéressés, poltrons, intrigants et fourbes, on les devine trop pour qu'ils puissent paraître amusants ou piquants. Il faut pourtant des confidents un peu subalternes: ne pourrait-on pas employer avec succès les demoiselles de compagnie, et les secrétaires de grands seigneurs qui n'écrivent point? et les chimistes, et les botanistes, les petits savants attachés à tant de gens riches, qui ont des cabinets et des laboratoires, mais qui, d'ailleurs, ne savent ni la chimie ni la botanique? On pourrait peindre, d'après nature, ces nouveaux personnages; ces peintures, du moins, seraient vraies et seraient variées. Enfin, avec ces nouveaux confidents, on aurait encore la ressource, pour compléter les intrigues, des véritables femmes de chambre et des vrais domestiques que l'on n'a jamais bien peints, parce qu'on n'a jamais fait, jusqu'ici, que suivre la tradition laissée par les anciens auteurs.
( Nouvelle Bibliothèque des Romans, an IX.)
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ANGE PITOU
(1767 -1846)
On connaît Ange Pitou, faisant de la propagande royaliste en se transformant en chanteur des rues, ayant établi son quartier général sur la place Saint-Germain- l'Auxerrois, où se trouvait alors un puits ombragé de deux arbres. Il était assez beau garçon, il avait de l'entrain et de la gaieté. Ses chansons, qu'accompagnait un violon, étaient si vivement frondeuses, qu'elles semblaient spirituelles. Il était fort à la mode. Un article du Journal des Débats de 1819, évoquant des souvenirs sur le Directoire, assure que les femmes élégantes qui voulaient l'entendre faisaient, dès neuf heures du matin, retenir des chaises sur la place de Saint-Germainl'Auxerrois, encore que le chanteur ne parût que le soir, ayant dans la journée
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