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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

certain nombre d'intrigants.

En désignant Buonaparte comme l'un des dictateurs à venir, dans l'espoir que sa célébrité rendrait
l'opinion plus accessible à cette nouveauté, ils n'ont fait que le décrier et le discréditer. Ce général décline

rapidement; Merlin et Rewbell vont achever de l'enterrer dans l'expédition d'Angleterre.

( Le Mercure britannique, 26février 1798.)

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ROEDERER

(1751-1835)

Pierre-Louis Roederer pouvait dire, en rappelant les événements historiques auxquels il avait été mêlé:
«J'ai passé auprès de Louis XVI la dernière nuit de son règne; j'ai passé auprès de Bonaparte la première

nuit du sien.» En 1792, il était procureur-syndic du département de Paris. Après le 18 brumaire, il devint

l'un des présidents de section du conseil d'Etat. Puis il fut successivement sénateur, comte de l'Empire,

ministre des finances du roi de Naples, commissaire extraordinaire de Napoléon, - l'un des grands

organisateurs, sous la volonté du Maître du régime impérial.

Pendant la Révolution, il avait été journaliste, un journaliste ondoyant, habile à envelopper le fond de sa
pensée, se réservant, peu enclin à prendre des responsabilités, tout en ayant l'air de les chercher, et,

comme on l'a dit, «serpentant au milieu des orages et des partis» Ses indignations se manifestèrent

surtout quand elles pouvaient n'être plus que rétrospectives. Dans le Journal de Paris, ses articles étaient

souvent de piquants tableaux de moeurs, où il raillait les ridicules du jour, comme celui qu'on va lire sur

les modes des Incroyables.

La Restauration le rendit à la vie privée, et, retiré dans son château normand de Bois- Roussel, il donna
carrière à ses goûts littéraires, en un exil accepté philosophiquement, après avoir eu tant de charges et de

dignités. Bien que fort âgé au moment de la révolution de 1830, cette philosophie qu'il avait affectée ne

l'empêcha pas de souhaiter jouer encore un rôle politique. Il mourut membre de la Chambre des pairs.

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D'UNE NOUVELLE MALADIE DE LA JEUNESSE

Ce n'est pas sans raison que les philosophes se plaignent de la dégénération de l'espèce humaine, malgré
le soin régulier que l'on prend journellement de croiser les races. Jusqu'ici j'avais regardé ces affections

comme des déclamations chagrines ordinaires aux vieillards, et chaque fois que j'entendais ces doléances

je ne manquais pas de citer le trait de cet homme âgé qui prétendait que de son temps les pêches étaient

plus belles, et celui de cette vieille qui, se regardant dans un miroir, trouvait que les glaces étaient bien

changées. Depuis quelque temps je commence à croire que ces plaintes pouvaient bien n'être pas trop mal

fondées, et des observations répétées m'ont convaincu qu'il se manifestait dans l'espèce humaine un

abâtardissement sensible, dont les symptômes n'ont, que je sache, été décrits ni par Hippocrate ni par

Linneus.

On en jugera par ceux que je vais retracer et qui paraissent affecter plus particulièrement la génération
qui s'élève, raison déterminante pour un bon citoyen de sonner l'alarme et d'appeler l'attention publique

sur un accident qui menace sa patrie dans la fleur de sa population.

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