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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

gloire, aux grands ou aux grandes manières; il ne pense qu'à son oeuvre... aux idées qu'il défend. Cela fait
une grosse source bouillonnante, du jet le plus puissant et le plus continu.»

Si passionné qu'il fût, Mallet du Pan eut souvent des vues justes et même prophétiques. Cependant, en
février1798, il ne croyait plus au destin de Bonaparte sur le point de partir pour l'Egypte.

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LA DICTATURE

De jour en jour il devient plus manifeste que la France approche d'une nouvelle vicissitude
révolutionnaire; il n'y a d'immuable dans cette République qu'un changement perpétuel.

Ce changement tient à la nature même des choses, aux antécédents, à la position forcée de ceux qui y ont
concouru et aux passions inséparables de leur position. Quiconque gouverne craint la plupart de ses

associés, n'aspire qu'à gouverner longtemps et qu'à resserrer l'autorité dans un petit nombre de complices,

en dépit des Constitutions, de la Souveraineté du peuple et de toutes les comédies législatives.

Quiconque ne gouverne pas aspire à gouverner; et s'il trouve des obstacles dans les personnes, il travaille
à renverser les institutions. Ainsi, les uns poussent au despotisme, et les autres à l'anarchie. Ce

mouvement intestin est également favorisé par les lois qui existent et par les lois qui manquent, par

l'impossibilité de fixer aucun principe et par l'impulsion donnée que nul ne peut comprimer, dont tous

cherchent à profiter et dont la rapidité se proportionne aux moindres circonstances qui la favorisent.

Comme il n'existe dans la République ni respect, ni considération pour l'autorité, ni amour quelconque

des lois, ni attachement à l'État, le gouvernement, détesté dans son mode et dans ses individus, n'ignore

point qu'aucun ressort légal ou moral ne peut suffire à assurer l'obéissance publique.

La crainte y supplée; une violence continue entretient la crainte; on n'administre pas, on frappe; la faction
dominante redoute des surprises au plus léger relâchement de tyrannie; les actions lui sont soumises,

mais les intentions ne le sont point; elle le sait, et cette révolte morale, la fatiguant d'une inquiétude

continuelle toujours exagérée, la met en conspiration permanente contre la nation, qui secouerait bientôt

le joug si on lui rendait la liberté.

Le bénéfice de l'institution républicaine est donc exclusivement réservé au gouvernement et aux jacobins;
mais cette institution produit entre eux-mêmes les effets qu'elle aurait entre le peuple libre et le

gouvernement. Ainsi, tandis qu'il existe tyrannie de l'autorité envers le public, il existe au sein de

l'autorité même une anarchie et un principe de dissolution très actif.

De là un effort dans les plus ambitieux ou les plus hardis du gouvernement, pour étendre, pour
concentrer, pour perpétuer leur pouvoir et un effort dans les autres pour introduire dans les places, dans

les institutions, dans les pouvoirs, une mobilité continue.

C'est au premier de ces deux mobiles qu'a été dû le projet de dictature, enfanté par la cabale de Barras et
des thermidoriens, favorisé par ¢eux que terrifient les jacobins, préconisé par des gens de lettres

mercenaires et applaudi de cette portion de républicains, très convaincus que la France ne peut subsister

en république, et qui croiraient trouver un préservatif contre le retour de la Monarchie dans le pouvoir

absolu de quelques usurpateurs, dont ils partagèrent les crimes et dont ils partagent les intérêts.

Nous avons développé antérieurement les obstacles de tout genre que rencontrait cette entreprise, qui
n'est plus maintenant qu'une conspiration tacite entre quelques individus, quelques femmes perdues et un

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