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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

envie de galoper pour arriver plus tôt au lieu fatal. La g..., au surplus, a été audacieuse et insolente,
jusqu'au bout. Cependant les jambes lui ont manqué au moment de faire la bascule, pour jouer à la main

chaude, dans la crainte, sans doute, de trouver, après sa mort, un supplice plus terrible que celui qu'elle

allait subir. Sa tête maudite fut enfin séparée de son col de grue, et l'air retentissait des cris de vive la

république, f...

( Le Père Duchesne, n°299.)

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GRACCHUS BABEUF

(1764-1797)

Voici l'autre période de la Révolution, celle qui commence après le 9 thermidor, fait par les Terroristes,
par ceux que Robespierre appelait «les hommes de sang», et qui devait bientôt tourner contre eux. La

contre-révolution relève la tête. Les pamphlets royalistes abondent, les journaux qui poursuivent les

restes du jacobinisme se multiplient. Richer- Serizy, dans l'Accusateur public de la Révolution française,

est l'un des agents les plus actifs de la propagande monarchiste, bien que, naguère, il ait été le

collaborateur et l'ami de Camille Desmoulins. Le Menteur, journal par excellence d'Hoffmann, ridiculise

les actes du gouvernement. La «Jeunesse dorée» de Fréron (quel singulier chef elle a choisi!) conduit

l'attaque. Martainville crible de plaisanteries les républicains, «la queue de Robespierre». La Petite Poste

de Paris publie la narquoise «Prière du soir à l'usage des Français libres». Parmi les journaux qui se

fondent pour défendre la Révolution, le Journal de la liberté de la Presse, devenu le Tribun du Peuple de

Gracchus Babeuf, qui sera plus tard le chef de la conspiration pour le renversement du Directoire et

l'apôtre d'un système communiste, mène avec ardeur le combat contre les thermidoriens. «Tout est

consommé, dit-il, la terreur contre le peuple est à l'ordre du jour. Il est ordonné de maudire le pacte sacré

et sublime de 1793.» Il raille âprement, peu de temps après le drame de thermidor, les vainqueurs de

cette journée et leurs moeurs peu républicaines.

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LES MOEURS DU JOUR

Français! vous êtes revenus sous le règne des catins: les Pompadour, les Dubarri, revivent, et c'est elles
qui vous gouvernent; c'est à elles que vous devez en grande partie toutes les calamités qui vous assiègent

et la rétrogradation déplorable qui tue votre révolution. Ce fut un beau jour pour la vertu et le patriotisme

que celui où la débauche couronnée expia sur un échafaud, dans la personne de Vénus Dubarri, le crime

d'avoir pompé longtemps, sous l'ombre protectrice d'une crapuleuse majesté, les sueurs et le sang du

peuple français. Un tel exemple devait en imposer aux prostituées de toutes les catégories, qui auraient

pu aspirer à disposer de la conduite de l'État pour prix de leur vil déhontement. Devait-on s'attendre de

voir sitôt sur le trône reparaître à la fois plusieurs courtisanes au lieu d'une? Oui, sur le trône. On en a

élevé de républicains, en attendant qu'on en puisse établir de royaux: nos coryphées sénateurs, ceux qui

dirigent aujourd'hui l'opinion, les événements et les décision* législatives, ont chacun une cour, et ce sont

des femmes perdues qui les leur ont élevées. Pourquoi taire plus longtemps que Tallien, Fréron et

Bentabolle décident du destin des humains, couchés mollement sur l'édredon et les roses, à côté des

princesses? N'est-il pas bon que tout le peuple sache que la légitime épouse de l'Ami des Citoyens est la

fille du Necker d'Espagne, du millionnaire Cabarrus, directeur de la fameuse banque de Saint-Charles!

Est-il plus besoin que quelqu'un ignore que le patriote Bentabolle est uni en parfait mariage avec deux ou

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