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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
à l'Ambigu. L'idée de mettre une feuille populaire sous son patronage vint tout d'abord à un commis à la Poste, nommé Lemaire, qui était d'ailleurs bien éloigné des violences d'Hébert, et qui qualifiait celui-ci de «butor». Hébert connut à son tour nombre de contrefaçons. Il ne commença pas par faire de la surenchère révolutionnaire. Dans sa première série, il traitait Marat d'énergumène. S'il attaquait la famille royale, il épargnait le roi. Ce n'est que peu à peu que ses « grandes colères» prirent le ton que l'on sait. Grandes colères et grandes joies, comme celle que témoigne le Père Duchesne (no299), au moment de l'exécution de Marie-Antoinette, «d'avoir vu de ses propres yeux la tête de Véto femelle séparée de son f. col de grue». On sait l'apostrophe de Camille Desmoulins à Hébert: «Y a-t-il rien de plus dégoûtant, de plus ordurier que tes feuilles? Ne sais-tu donc pas, Hébert, que, quand les tyrans veulent avilir la République, quand ils veulent faire croire à leurs esclaves que la France est couverte des ténèbres de la barbarie, que Paris, cette ville si vantée par son atticisme et son goût, est peuplée de Vandales, ne sais-tu pas, malheureux, que ce sont des lambeaux de tes feuilles qu'ils insèrent dans leurs gazettes,... comme si tes saletés étaient celles de la nation, comme si un égout de Paris était la Seine!» Le Père Duchesne paraissait trois fois par semaine. (1)
[(1) M.Paul d'Estrée a publié sous ce titre: le Père Duchesne, Hébert et la Commune de Paris_, un travail très complet.]
L'opinion de Camille Desmoulins reste celle de la postérité. Ce ton volontairement ignoble fut une exception. Dans cette évocation d'une époque, il faut faire place à ce pamphlet trop célèbre par une de ses pages les plus caractéristiques. Le fait du jugement de la reine reste tout à fait en dehors de ces grossièretés. Hébert fut guillotiné le 24mars 1794.
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LA PLUS GRANDE DE TOUTES LES JOIESDU PÈRE DUCHESNE
Après avoir vu, de ses propres yeux, le tête de Véto femelle séparée de son f...col de grue; grand détail sur l'interrogatoire et le jugement de la louve autrichienne.
J'aurois désiré, f..., que tous les brigands couronnés eussent vu, à travers la chatière, l'interrogatoire et le jugement de la tigresse d'Autriche. Quelle leçon pour eux, f...! Comme ils auraient frémi en contemplant deux ou trois cent mille Sans-Culottes, environnant le palais et attendant en silence, le moment où l'arrêt fatal allait être prononcé! Comme ils auraient été petits, ces prétendus souverains, devant la majesté du peuple! Qu'auraient-ils pensé en se voyant ainsi soumis devant la loi, eux qui ne peuvent être obéis que par la terreur? Non, f..., non, jamais on ne vit un pareil spectacle. Tendres mères, dont les enfants sont morts pour la république; vous, épouses chéries des braves bougres qui combattent en ce moment sur les frontières, vous avez un moment étouffé vos soupirs, et suspendu vos larmes, quand vous avez vu paraître devant ses juges la g... infâme qui a causé tous vos chagrins; et vous, vieillards, qui avez langui sous le despotisme, vous avez rajeuni de vingt ans en assistant à cette scène terrible. «Nous avons assez vécu, vous disiez-vous, puisque nous avons vu le dernier jour de nos tyrans.»
Vous tous, qui avez été opprimés par nos anciens tyrans; vous qui pleurez un père, un fils, un mari mort pour la république, consolez-vous, vous êtes vengées. J'ai vu tomber dans le sac la tête de Véto femelle. Je voudrois, f..., pouvoir vous exprimer la satisfaction des Sans-Culottes, quand l'architigresse a traversé Paris dans la voiture à trente-six portières. Ses beaux chevaux blancs, si bien panachés, si bien enharnachés, ne la conduisaient pas, mais deux rossinantes étaient attelées au vis-à-vis de maître Samson, et elles paraissaient si satisfaites de contribuer à la délivrance de la république, qu'elles semblaient avoir
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