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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

Publiciste parisien, puis, à partir du 21septembre 1792, le Journal de la République française, par Marat,
l'Ami du peuple, et, enfin, le Publiciste de la République française. La feuille portait comme devise:

Vitam impendere vero. Son programme, auquel il fut implacablement fidèle, Marat l'exposait dès ses

premiers numéros, en ne cessant de le répéter: «La crainte ne peut rien sur mon âme. Le salut de la patrie

est devenu ma loi suprême, et je me suis fait un devoir de répandre l'alarme.» Répandre l'alarme et

dénoncer, c'est à quoi Marat ne faillira pas, même quand les circonstances l'obligeront quelque temps à se

cacher, et plus encore quand il sortira la tête haute du tribunal révolutionnaire devant lequel les Girondins

l'ont fait traduire. Il sonnera le tocsin, il accusera jusqu'au jour où il sera assassiné par Charlotte Corday.

«Le démon du patriotisme», l'a appelé M.Adrien Hébrard. «Vous êtes, lui disait ironiquement Camille

Desmoulins, qui n'attaqua d'ailleurs que sa manière violente, vous êtes le dramaturge des journalistes: les

Danaïdes, les Barmécides, ne sont rien en comparaison de vos tragédies: vous égorgeriez tous les

personnages de la pièce, jusqu'au souffleur.» Allusion à la façon de Marat de demander toujours de

nouvelles têtes. «Il y a une année, avait écrit Marat dès 1790 (numéro du 17décembre) que cinq ou six

cents têtes abattues vous auraient rendus libre: aujourd'hui, il en faudrait abattre dix mille. Dans quelques

mois, peut-être, il n'y aura point de paix pour vous si vous n'avez exterminé jusqu'au dernier rejeton les

implacables ennemis de la patrie.» A quoi Camille Desmoulins répondait encore: «Vous oubliez que le

tragique outré devient froid.» - On sait les idées de Marat sur une brève dictature pour purger la France

des conspirateurs. Dans plus d'un numéro de son journal, Marat se défend par son apologie. «Devais-je

être confondu avec ces vils mercenaires, moi dont les écrits n'ont d'autre but que de dévoiler les complots

contre la liberté, de démasquer les traîtres, de défendre les opprimés et de proposer des vues utiles; moi

qui prends sur mon sommeil le temps de jeter sur le papier mes idées, moi qui ne m'accorde que le simple

nécessaire, qui partage mon pain avec le pauvre, et qui n'ai que des dettes pour fruit de mes travaux?»

(n°144 du Publiciste.) L'étrange et frénétique figure de Marat, «furieux» par sensibilité, disait Michelet, a

été étudiée particulièrement par MM.A. Bougeart, Chèvremont, Cabanès. Elle est plus complexe qu'elle

n'est apparue aux Goncourt, ne découvrant en Marat, «que la rancune médiocre du médecin sans

pratiques, de l'écrivain sifflé, de l'inventeur méconnu».

*****

RÉVEILLONS-NOUS, IL EN EST TEMPS

Indigné de voir nos généraux annoncer sans cesse des victoires sur les rebelles de la Vendée, et ces
rebelles faire sans cesse de nouveaux progrès, surprendre à point nommé des détachements de nos

troupes, les enlever avec armes et bagages, s'emparer de nos magasins, et s'armer de notre artillerie, je ne

reconnus que trop les machinations de ces chefs perfides qui peut-être entretenaient des intelligences

secrètes avec les révoltés, mais qui certainement refusaient de marcher en force, pou. les écraser,

n'envoyaient contre eux que des détachements pour leur livrer en détail nos armées, laissaient nos parcs

d'artillerie à leur disposition pour nous mettre dans l'impuissance d'eu triompher; aussi, demandai-je à

grands cris leur destitution immédiate; les scélérats de la faction maudite s'élevèrent avec fureur contre

moi; et la Convention, trop peu énergique, renvoyait à ses comités de défense générale et de salut public,

où mes dénonciations étaient ensevelies, comme si elle eût fait voeu d'attendre que les complots des

traîtres fussent consommés, pour prendre contre eux le parti que commandait la prudence. Il y a près de

cinq mois que je demandai la destitution de Wimpffen, de Berruyer, de Heiden, et il a fallu que ces

machinateurs eussent été reconnus traîtres, pour que la Convention les destituât. Il y a trois semaines que

j'ai annoncé la trahison de Sandos, de Ligonier, de Westermann, et il a fallu que ces machinateurs eussent

été reconnus traîtres, pour que la convention les destituât. Que de malheurs et de désastres n'eût pas

prévenus la Convention si, jugeant ces chefs perfides, la plupart suppôts du despotisme, créatures de

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