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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

Brutus et Thrasybule, surtout si on considère qu'Athènes se préserva de la guerre civile pour avoir suivi
le conseil de Thrasybule, et que Rome perdit sa liberté pour avoir rejeté celui de Brutus´ Cependant je me

garde bien de vous présenter une semblable mesure. Arrière la motion d'une amnistie! Une indulgence

aveugle et générale serait contre-révolutionnaire. Du moins elle serait du plus grand danger et d'une

impolitique évidente, non par la raison qu'en donne Machiavel, parce que «le prince doit verser sur les

peuples le mal tout à la fois, et le bien goutte à goutte», mais parce qu'un si grand mouvement imprimé à

la machine du gouvernement, en sens contraire à sa première impulsion, pourrait en briser les ressorts.

Mais autant il y aurait de danger et d'impolitique à ouvrir la maison de suspicion aux détenus, autant

l'établissement d'un comité de clémence me paraît une idée grande et digne du peuple français, effaçant

de sa mémoire bien des fautes, puisqu'il en a effacé le temps même où elles furent commises, et qu'il a

créé une nouvelle ère de laquelle seule il date sa naissance et ses souvenirs. A ce mot de comité de

clémence, quel patriote ne sent pas ses entrailles émues? car le patriotisme est la plénitude de toutes les

vertus, et ne peut pas conséquemment exister là où il n'y a ni humanité ni philanthropie, mais une âme

aride et desséchée par l'égoïsme.

( Le Vieux Cordelier, n° IV, 30 frimaire an II.)

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MAXIMILIEN ROBESPIERRE (1759-1794)

L'oeuvre de journaliste de Robespierre n'est pas considérable: elle tient dans les soixante-neuf numéros
de l'Union ou Journal de la Liberté en 1789, et dans les douze livraisons du Défenseur de la Constitution

(juin-août 1792). C'est, cependant, comme journaliste qu'il est pris à partie, tout d'abord, en prose et on

petits vers par les malicieux Actes des Apôtres, ce journal royaliste qui cherche à jeter le ridicule sur tous

ses adversaires relevant avec une entière mauvaise foi, d'ailleurs, leurs paroles et leurs écrits. C'est encore

le temps où on se bat avec de l'esprit: «Pour nous, écrivent les Actes des Apôtres, nous n'hésitons pas à

proclamer que si M.le comte de Mirabeau est le flambeau de la Provence, M.de Robespierre est la

chandelle d'Arras.»

Le souci de la forme s'allie dans les journaux rédigés par Robespierre à la netteté de la pensée. Les
articles sont généralement des articles de doctrine. On sait ce mot de Mirabeau: «Cet homme ira loin: il

croit tout ce qu'il dit.» Il n'y a ici à considérer Robespierre que jusqu'au 10août, où s'accomplit, par la

violence, ce qu'il attendait de la puissance législative.

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DES FÊTES NATIONALES ET DES HONNEURS PUBLICS

Les fêtes nationales et les honneurs publics portent l'empreinte du gouvernement qui les ordonne. Dans
les Etats despotiques, les honneurs publics sont réservés à ceux qui ont mérité la faveur du prince, et par

conséquent le mépris et la haine du peuple; les fêtes sont destinées à célébrer les événements agréables à

la cour; il faut que le peuple se réjouisse de la naissance ou du mariage de ses tyrans; on lui jette

généreusement du pain et de la viande, comme à de vils animaux; et, si des milliers d'hommes sont

étouffés dans la foule, ou écrasés sous les roues des chars brillants où l'orgueil et le vice s'assoient avec

l'opulence, ces fêtes n'eu sont que plus dignes de leur objet et de leurs héros.

Cependant, pour raisonner avec quelque justesse sur cet objet, il est une observation à faire, avant tout.
C'est qu'il n'est guère possible que les honneurs publics soient décernés avec justice que par le peuple

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