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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
ses armoiries:
Un ci-devant prince de Gaule, Mais qui n'est qu'un franc polisson, Fait rayer de son écusson Ce qui lui manque sur l'épaule.´
Quand les Actes des apôtres disparaissent, le Journal de la Cour et de la Ville, qu'on appelle communément le Petit Gautier, du nom de son fondateur, continue cette petite guerre de plume, plus violemment encore, jusqu'à l'écroulement de la monarchie, le 10août 1792. La violence n'est pas d'ailleurs le fait des seuls révolutionnaires: les Actes des apôtres et le Petit Gautier réclament, eux aussi, la suppression de leurs adversaires:
Quinze milliers de potences Qui seraient fort bien en France...
Le Petit Gautier, dans sa fureur de réaction, attaque même les volontaires qui se lèvent pour la défense de la patrie:
Ils n'ont vu, ces pauvres garçons, Le feu que devant leurs tisons, Et vont sur la frontière. Ah! qu'ils vont croquer d'émigrants! Car ils sont gens, car ils sont fou... Oui, gens foudres-de-guerre.
Des railleries allant jusqu'à cette aberration indiquent expressivement l'état d'esprit contre-révolutionnaire.
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CAMILLE DESMOULINS
(1760-1794)
«Voilà donc la récompense destinée au premier apôtre de la liberté!» s'écriait Camille Desmoulins sur l'échafaud, évoquant cette journée du 12juillet 1789 où, dans le jardin du Palais-Royal, invitant les citoyens à prendre des feuilles d'arbres, «cocardes vertes, couleur de l'espérance», il appelait le peuple aux armes. C'était, dans son premier pamphlet, la France libre, la fièvre de l'enthousiasme pour l'ère nouvelle qui s'ouvrait: «Il y a peu d'années, écrivait-il, je cherchais partout des âmes républicaines, je me désespérais de n'être pas né Grec ou Romain.. Mais c'est à présent que les étrangers vont regretter de n'être pas Français. Fiat, fiat! Oui, tout ce bien va s'opérer, oui, cette révolution fortunée, cette régénération va s'accomplir, sublime effet de la philosophie, de la liberté et du patriotisme!» - Puis, c'est le Discours de la Lanterne aux Parisiens, où se donne carrière toute la fougue du journaliste-né qu'est Camille Desmoulins, exaltant ce qui s'est déjà accompli de grandiose, exposant la vaste tâche qui s'offre encore pour étouffer tous les germes de l'aristocratie. C'est de la Lanterne, que l'exaspération populaire transforme en potence, qu'il s'agit: «Quand on ne fait pas justice au peuple, il se la fait à lui-même». Cependant, cette Lanterne à laquelle Camille Desmoulins prête la parole, si elle reconnaît que «bien des scélérats» lui ont échappé déclare «qu'elle n'aura point une justice trop expéditive» et « qu'elle veut préalablement un interrogatoire et la révélation de nombre de faits».
Le 28novembre 1789, Camille Desmoulins fait paraître les Révolutions de France et de Brabant, journal hebdomadaire, sorte de brûlot, plutôt, qui se poursuivra jusqu'au 24juillet 1791. Là se répand abondamment la verve, l'esprit incisif, mêlé de gaminerie, parfois, l'éloquence chaleureuse de Camille, qui, en ses jugements hâtifs, en ses contradictions, en sa mobilité même, représente plus que tout autre, pendant deux ans, l'opinion de Paris. L'âme de Paris bat, en effet, dans ces feuilles violentes, frondeuses, généreuses aussi. De ses variations, Camille Desmoulins se défendait par un mot spirituel: «Ce n'est pas
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