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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
Je crois l'espèce humaine indéfiniment perfectible, et qu'ainsi elle doit faire vers la paix, la liberté et l'égalité, c'est-à-dire vers le bonheur et la vertu, des progrès dont il est impossible de fixer le terme.
Je crois aussi que ces progrès doivent être l'ouvrage de la raison, fortifiée par la méditation, appuyée par l'expérience.
D'après mes principes, ma philosophie doit être froide et patiente.
Je dois être beaucoup moins effrayé des bruits de conspiration que des mauvais systèmes qui peuvent retarder plus longtemps le progrès des lumières.
Je dois être plus ennemi des fausses opinions, lorsqu'elles sont nouvelles, lorsqu'elles flattent l'esprit du moment, que des vieux préjugés, dont la ruine est infaillible et qui n'épouvantent plus que par la masse de leurs débris.
Comme, suivant cette manière de voir le droit et la justice doivent être les seuls principes de toute opération politique, je paraîtrai tantôt porter à l'excès l'amour de l'égalité et aspirer à une perfection chimérique, et tantôt je ne serai qu'un citoyen tiède et presque protecteur des abus.
Je ne dirai pas «tout est bien» mais «tout sera bien» et, par là, je déplairai aux deux partis.
Les préjugés ont reçu, depuis un an, de si violentes secousses que, pour faire de grands progrès vers le bien, il suffit de laisser à la raison humaine, un peu trop agitée, le temps de reprendre quelque calme.
Tous nos maux actuels disparaîtraient bientôt devant elle, et, alors, dans tous les partis (s'il en reste encore quelques traces), tous diront que les désordres de la Fronde ont été bien plus cruels et n'ont valu à la France que cent ans de despotisme.
( La Bouche de fer, 1790.)
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RIVAROL
Un dilettantisme aristocratique caractérise d'abord Rivarol. Dans le Journal politique national il philosophe plus qu'il ne polémique, et, avant de se décider tout à fait pour la cause royaliste, il a louvoyé quelque temps. Une fois son parti pris, il n'épargne guère plus, d'ailleurs, ses amis que ses ennemis: «Lorsqu'on veut empêcher une révolution, écrit-il, il faut la vouloir et la faire soigner: elle était trop nécessaire en France pour ne pas être inévitable.» Lui qui a tant d'esprit, il garde, même en défendant les idées monarchiques une hautaine indépendance - fût-ce à l'égard de ses lecteurs: «Quelques- uns de ces lecteurs se sont plaints du style de nos résumés; ils prétendent que cette manière d'écrire donne trop à penser, et qu'il n'existe point de journal où l'on ait si peu d'égards pour eux. Nous les avertissons que nous ferons rarement le sacrifice de notre manière. D'ailleurs, si nous descendions toujours, pour leur épargner la peine de monter, nous laisserions la bonne compagnie qui nous suit depuis lontemps, et qui est plus aisée à vivre qu'on ne pense, puisqu'elle n'exige pas qu'on sépare les égards qui lui sont dus de ceux qu'on doit à la langue, au goût, au véritable ton et à la majesté de l'histoire.» Il se définit ainsi lui-même parfaitement: il pense être toujours dans les salons, où il était un merveilleux causeur, disant des choses sérieuses avec une grâce frivole, élevant les choses frivoles jusqu'à en dégager de la pensée, ayant sur tout des opinions originales «salué à la ronde à chaque coup de griffe», incisif au point de se moquer de lui aussi, après son mariage malheureux avec une aventurière qu'il avait faite aussi facilement
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