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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
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CONDORCET (1743-1794)
On sait le portrait tracé par Mllede Lespinasse du «cher et bon Condorcet», comme elle disait. Elle louait en lui «cette simplicité parfaite qui ne paraît jamais soupçonner l'étonnement quo causent l'étendue et la supériorité de son esprit ce calme de l'homme pour tout ce qui n'intéresse que lui, tandis qu'il est tout mouvement, tout activité, dès que le malheur ou l'amitié réclament son secours, cet amour vrai de l'humanité qui le dispose à y sacrifier ses facultés et même sa gloire; son indifférence pour toute injustice personnelle, tandis qu'à la moindre injustice, il montre une énergie que la douceur naturelle de son caractère ne ferait pas supposer...» Longtemps avant la Révolution, il avait annoncé, montré enseigné tout ce qu'avait à faire la France nouvelle pour sa régénération, et il avait déjà livré de grandes batailles d'idées. Nul n'avait été, plus que lui, pénétré de l'esprit de réforme: dans ses écrits philosophiques il avait d'avance établi la Déclaration des droits de l'homme. Secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, membre de l'Académie française, célèbre comme mathématicien et comme penseur, c'était un rare journaliste que celui qui allait user de la puissance d'expansion de la presse. Journaliste, il devait l'être d'une manière assidue, régulière. Après avoir pris part à la rédaction du Journal de la société de 1789, après avoir donné nombre de pages à la Bouche de fer, fut un des fondateurs du journal qui dès le mois de juin1792, prenait ce titre: le Républicain. Puis, au Journal de Paris, il faisait le compte rendu des séances de l'Assemblée nationale, mais ses idées étaient plus avancées que celles de cette feuille, et il passait à la Chronique de Paris, où, jusqu'en mars1793, il écrivit un article quotidien. A côté de ses polémiques souvent véhémentes, il développait plus longuement ses théories et ses doctrines dans la Revue du mois et le Journal d'Instruction sociale. Condorcet peut être considéré comme un précurseur de la cause des droits politiques des femmes; ce fut, dans ses études sociales, une des idées sur lesquelles il revint souvent. - Député à la Convention, Condorcet vota, dans le procès du roi, «pour la peine la plus grave qui ne fût pas celle de mort» Pendant la lutte de la Gironde et de la Montagne, il avait essayé l'oeuvre impossible de concilier les deux partis. Il était donc en dehors de la conspiration girondine. Ce qui le perdit, ce fut la publication de sa brochure A tous les Français, où, épousant, après la mort des vaincus, leur cause perdue, il s'élevait contre la Convention, opposait à la nouvelle constitution le projet dont il avait été le rapporteur, réclamait la réunion d'une nouvelle assemblée. Des attaques injustes, où ne se retrouvait plus sa hauteur de vues habituelles, étaient mêlées à ses critiques. C'était se livrer de lui-même aux représailles. Décrété d'accusation le 8juillet 1793, il se mit, après avoir répondu par une lettre hautaine, qui avait le ton d'un défi, à l'abri des poursuites. Dans Condorcet, sa vie, son oeuvre le docteur Robinet a conté minutieusement les émouvantes péripéties du séjour du proscrit chez la femme courageuse qui lui avait donné l'hospitalité, MmeVernet, rue Servandoni, de la fuite du conventionnel condamné, ne voulant pas exposer plus longtemps sa généreuse hôtesse au danger qu'elle avait accepté, de sa stoïque mort volontaire dans la prison de Bourg-la-Reine, devenu Bourg-Egalité.
«Je déplairai aux partis,» avait dit prophétiquement Condorcet dans un article où il faisait une profession de foi philosophique et politique.
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MES PRINCIPES
Puisque vous croyez pouvoir accorder quelquefois à mes réflexions une place dans vos feuilles, j'ai pensé qu'un tableau simple de mes principes les mettrait plus à portée d'apprécier mes opinions particulières.
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