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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

cercle plus vaste de proche en proche, produit enfin une agitation universelle. Telle est l'image faible,
mais vraie, des mouvements populaires, et je n'ai pas besoin de prouver que les derniers événements,

dénaturés par la crainte, interprétés par la défiance, accompagnés de toutes les rumeurs publiques,

risquent d'égarer l'imagination du peuple déjà préparée aux impressions sinistres par une situation

vraiment détestable.

Quand on se rappelle les désastres occasionnés dans la capitale par une cause infiniment
disproportionnée à ses suites cruelles, tant de scènes où le sang des citoyens a coulé par le fer des soldats

et le glaive des bourreaux, on sent la nécessité de prévenir de nouveaux excès de frénésie et de

vengeance, car les agitations, les tumultes, les excès, ne servent que les ennemis de la liberté. Je

considère tous les bons effets d'une marche ferme, sage et tranquille: c'est par elle seule qu'on peut se

rendre les événements favorables, qu'on profite des fautes de ses adversaires pour le triomphe du bon

droit; au lieu que, jetés peut-être hors de mesures sages, les représentants de la nation ne seraient plus les

maîtres de leurs mouvements; ils verraient d'un jour à l'autre les progrès d'un mal qu'ils ne pourraient

plus arrêter, et ils seraient réduits au plus grand des malheurs, celui de n'avoir plus que le choix des

fautes.

Les délégués de la nation ont pour eux la souveraine des événements: la nécessité, qui les pousse au but
salutaire qu'ils se sont proposé; elle soumettra tout par sa propre force, mais sa force est dans sa raison.

Rien ne lui est plus étranger que les tumultes., les cris du désordre, les agitations sans objet et sans règle.

La raison veut vaincre par ses propres armes; tous ces auxiliaires séditieux sont ses plus grands ennemis.

A qui, dans ce moment, convient-il mieux qu'aux députés de France d'éclairer, de calmer, de sauver le

peuple des excès que pourrait produire l'ivresse d'un zèle furieux?

( Quatorzième lettre de Mirabeau à ses commettants.)

*****

ÉLYSÉE LOUSTALOT

(1761-1790)

C'est l'aurore de la Révolution qui s'évoque avec ce jeune homme ardent, probe, désintéressé, mort à
vingt-neuf ans, que Manuel appelait l' «Evangéliste» et qui fut, en effet, un de ceux qui défendirent avec

le plus d'enthousiasme les idées nouvelles. Il fut le rédacteur principal des Révolutions de Paris, le

journal que fit paraître Prudhommc trois jours après la prise de la Bastille, et qui fut, pendant la première

période de sa publication, la feuille la plus répandue et la plus lue. L'existence de Loustalot fut courte,

mais les deux dernières années de sa vie furent singulièrement remplies. La brusque disparition de ce

vaillant combattant de la presse, dont les clubs des Jacobins et des Cordeliers portèrent le deuil pendant

trois jours, donna naissance à la légende d'un empoisonnement, aujourd'hui controversée. Avec

Loustalot, c'est le temps de toutes les généreuses illusions. C'est ainsi que dans le No XXIV des

Révolutions il se déclarait le partisan de la suppression de la peine de mort.

*****

CONTRE LA PEINE DE MORT

... Quoi donc! tous les jugements à mort qui ont été rendus ne sont que des assassinats judiciaires?
Précisément, et de plus, ils ne sont excusés ni par la nécessité ni par l'utilité.

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