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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

été de l'opinion du Pouvoir, garde ses habitudes; Gracchus Babeuf, dans le Tribun du Peuple (voir plus
loin), expose avec véhémence ses théories sociales. Une figure singulière, entre autres, dans cette presse

du Directoire: Poultier, rédacteur de l'Ami des Lois_, membre du Conseil des Cinq-Cents, qui, jadis, a été

successivement bénédictin, militaire, chanteur à l'Opéra.

Mais le coup d'Etat du 18 fructidor anV impose silence, par des mesures rigoureuses, à la violence des
journaux, implique leurs rédacteurs dans une conspiration contre la sûreté de la République. Ces mesures

ne désarment pas entièrement la presse, cependant. Malgré les scellés mis sur leurs presses, les frères

Bertin, notamment, continuent, par un artifice ingénieux, à faire paraître leur journal, l'Eclair. Deux ans

plus tard, c'est la proscription, c'est la déportation à l'île d'Oléron des journalistes qui «pervertissent

l'opinion».

En dix années, par quelles phases diverses a passé la presse!

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MIRABEAU

(1749-1791)

Mirabeau fut le premier député-journaliste. Bien que, dans sa vie si agitée, il soit impossible d'isoler, en
quelque sorte, un des aspects de cette orageuse physionomie, il ne saurait être question ici que de l'action

de Mirabeau dans la presse. - En 1787, il avait proposé au ministre des affaires étrangères, M.de

Montmorin, de créer un journal «qui serait une analyse fidèle, mais décente, nerveuse, mais adroite, des

papiers- nouvelles anglais». Cette feuille parut de 1787 à novembre1789. Enlevant d'assaut la liberté de

la presse, Mirabeau fondait en mai le Journal des Etats généraux, dont un arrêt du conseil interdisait

bientôt la circulation. Il éludait cette défense en appelant ce journal Lettres de Mirabeau à ses

commettants. Sous cette forme, cette publication se poursuivit jusqu'au 6juillet 1789, où elle prit le nom

de Courrier de Provence paraissant trois fois par semaine.

Mirabeau eut comme collaborateurs au Courrier de Provence Dumont, Duroveray, l'un et l'autre de
Genève, qui prirent part, plus d'une fois, à la préparation de ses discours (Dumont a écrit des souvenirs

sur Mirabeau), puis Mejan, Chamfort Reybaz.

En février1790, Mirabeau abandonna la direction du Courrier de Provence qui était, selon l'expression
d'Edmond Rousse, «le journal et la chronique de lui-même», à Clavière, le futur ministre des finances de

1792. Celui-ci devait, l'année suivante, après son arrestation, se tuer dans sa prison.

Mirabeau avait pressenti la puissance du journal: il l'éprouva, et l'épigraphe qu'il avait donnée au sien,
Novus rerum nascitur ordo, était vraiment prophétique.

Dans le premier numéro du Journal des Etats généraux, il s'était élevé contre l'étiquette surannée qui avait
présidé à la réunion des Etats, contre la distinction des costumes imposés aux trois ordres. Dans la

première Lettre aux commettants, il protestait énergiquement contre la mesure qui avait atteint son

journal. Le ton de cette protestation est violent. C'était, cependant, le moment où il écrivait ailleurs: «Le

meilleur moyen de faire avorter la révolution est de trop demander. Il est certain que la nation n'est pas

mûre. La Révolution a dépassé notre aptitude et notre instruction; je me conduis en conséquence.»

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