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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
des proscriptions telles que 93 n'en fournit pas d'exemples; des lois attentatoires au droit de réunion, détruit de fait; l'esclavage et la ruine de la presse, par l'application monstrueuse de la législation monarchique remise en vigueur, la garde nationale désarmée en partie; le peuple décimé et refoulé dans sa misère, plus profonde qu'elle ne le fut jamais, - non, encore une fois, non, certes, ce n'est pas la République, mais, autour de sa tombe sanglante, les saturnales de la réaction.
Les hommes qui se sont faits ses ministres, ses serviteurs dévoués, ne tarderont pas à recueillir la récompense qu'elle leur destine, et qu'ils n'ont que trop méritée. Chassés avec mépris, courbés sous la honte, maudits dans l'avenir, ils s'en vont rejoindre les traîtres de tous les siècles dans le charnier où pourrissent les âmes cadavéreuses, les consciences mortes.
Quant à nous, soldats de la presse, dévoués à la défense des libertés de la patrie, on nous traite comme le peuple: on nous désarme. Depuis quelque temps, notre feuille, enlevée des mains des porteurs, était déchirée, brûlée sur la voie publique. Un de nos vendeurs a même été emprisonné à Rouen, et le journal saisi sans autre formalité.
L'intention était claire: on voulait nous réduire au silence.
On y a réussi par le cautionnement. Il faut aujourd'hui de l'or, beaucoup d'or pour jouir du droit de parler. Nous ne sommes pas assez riches. Silence aux pauvres!
( Le Peuple constituant, 11juillet 1848.)
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Ce dernier numéro du Peuple constituant eut une diffusion considérable. Mais c'était sa fin malgré tout. Lamennais, journaliste, retrouva pendant quelque temps une autre tribune à la Réforme.
La personnalité de Lamennais est si caractéristique que son portrait trouvera ici sa place. C'est George Sand qui l'a dessiné: « M.Lamennais, a-t-elle dit, petit, maigre, souffreteux, n'avait qu'un faible souffle de vie dans sa poitrine. Mais quel rayon dans sa tête! Son nez était trop proéminent pour sa petite taille et pour sa figure étroite. Sans ce nez disproportionné, le visage eût été beau. L'oeil clair lançait des flammes. Le front droit et sillonné de grands plis verticaux, indices d'ardeur dans le volonté, la bouche souriante et le masque mobile sous une apparence de contraction austère, c'était une tête fortement caractérisée pour la vie de renoncement, de contemplation et de prédication.»
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LES JOURNAUX DE FEMMES
Dans le bouillonnement d'idées de la révolution de 1848, il faut faire place aux manifestations féminines, les unes appuyées sur des aspirations justifiées par la suite des événements et les modifications aux moeurs, les autres excessives et effrénées.
Le mouvement féministe avait été une des suites du saint-simonisme. Dès 1832 s'était fondé le Journal de la Femme libre, rédigé par Jeanne-Désirée et Suzanne Voilquier Les revendications qui s'étaient produites sous le règne de Louis-Philippe eurent, après février 1848, une sorte d'explosion. Il y eut les excentricités des «Vésuviennes», présentant un projet de constitution où l'égalité absolue des sexes au point de vue des droits et des devoirs était proclamée et qui contenait, notamment, cet article: «Le mariage étant une association, chacun des deux époux doit partager tous les travaux; tout mari qui
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