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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

Conservateur et au Drapeau blanc. Puis, ne cessant de considérer la religion comme le fondement des
sociétés, il entrevoit une Eglise idéale, réconciliée avec la liberté, animée d'un esprit nouveau, renonçant,

pour diriger vraiment la vie des peuples modernes, «à tout l'appareil dogmatique et disciplinaire,»

revenant au christianisme primitif. C'est alors, en octobre1830, la fondation du journal l'Avenir, où,

pendant un an, Lamennais expose sa doctrine d'un néo-christianisme: «Nous pensions, a-t-il écrit, que les

peuples, ayant aujourd'hui le sentiment d'un droit social dont ils attendent le soulagement de leurs

souffrances intolérables par la substitution d'une liberté légitime à la servitude que leur impose le pouvoir

oppressif des souverainetés absolues, devaient trouver dans le christianisme un appui et une règle pour

atteindre le but sans désordre, puisque la loi évangélique qui, en rappelant aux hommes leur égalité

native et le lien de fraternité qui doit les unir, a tant contribué à l'abolition de l'esclavage ancien, n'est pas

moins favorable à l'abolition de l'esclavage moderne ou de l'esclavage politique.» - Lamennais a donc vu

dans l'Église «l'émancipatrice prédestinée des nations»; mais l'Église, à laquelle il veut donner la

conduite du genre humain, le blâme et le condamne. Par deux fois il se soumet. Il publie les Paroles d'un

croyant, qui ont un retentissement immense et dont on dit expressivement que c'est «le bonnet rouge

planté sur la croix». Il sonde selon son expression, les bases de l'autorité qui avait été sa règle jusque-là.

Obligé de lutter individuellement contre la doctrine infaillible, il cesse de nier l'autorité de la raison

individuelle. Il rompt avec l'Église romaine, tout en demeurant une âme profondément religieuse. Dans le

journal le Monde, il se voue à l'éducation supérieure de la démocratie. Une brochure publiée en 1840, le

Pays et e Gouvernement, le fait condamner à un an de prison. Au lendemain même de la révolution de

1848, qui le remplit d'espoir, et d'un espoir qui va jusqu'à l'utopie, il fonde le Peuple constituant, où, a dit

Daniel Stern, «s'il pensait souvent comme Danton, il parlait toujours comme Bossuet». Le département

de la Seine l'a élu représentant du peuple, penseur un peu perdu au milieu d'une assemblée purement

politique. Sa pitié, après l'insurrection de juin, le fait se ranger du côté des vaincus. Avec l'Empire et le

silence qu'il impose, son rôle actif est fini. On sait à quelles manifestations donnèrent lieu, le 1ermars

1851, les obsèques de Lamennais qui avait voulu, selon les expressions de son testament, être enterré au

milieu des pauvres et comme le sont les pauvres: «On ne mettra rien sur ma fosse, pas même une simple

pierre.» Ainsi disparut, à l'heure d'une éclipse de la liberté, celui qui «avait changé, non pas de Dieu,

mais de la manière de le servir» Faut-il rappeler sur Lamennais, le jugement de Lamartine: «Il tomba de

cheval, non pas sur la route de Damas, mais sur la route de Rome: il devint le saint Paul d'une autre

religion. Il y eut un grand courage dans cette transfiguration. Renier la première moitié de sa vie pour

l'homme qui n'a qu'une vie à vivre, c'est un martyre dont peu d'esprits sont capables.» Si sommairement

que ce soit, on a essayé d'indiquer dans ces notes comment le mot de reniement n'est pas exact.

Après l'insurrection de juin, le rétablissement du cautionnement pour les journaux avait été voté par
l'Assemblée nationale. Le Peuple constituant, avec ses médiocres ressources, était ainsi condamné à

disparaître. C'est dans le dernier numéro de ce journal que Lamennais écrivit cet éloquent article, dont la

dernière phrase est restée célèbre.

*****

SILENCE AUX PAUVRES

Le Peuple constituant a commencé avec la République; il finit avec la République, car ce que nous
voyons, ce n'est certes pas la République, ce n'est même rien qui ait un nom. Paris en état de siège, livré

au pouvoir militaire, livré lui-même à une faction qui en fait son instrument; les cachots et les forts de

Louis-Philippe encombrés de quatorze mille prisonniers, à la suite d'une affreuse boucherie organisée par

les conspirateurs dynastiques devenus, le lendemain, tout-puissants; des transportation sans jugement,

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