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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
de la méchanceté. Au profit de qui la déclamation, la dénonciation, l'excitation, je le demande? L'art les renie, et la vraie moralité les exècre. Claudie est venue à propos pour faire un peu rentrer en eux les prétendus philosophes du théâtre. L'impression puissante qui ressort de ce drame si simple leur donnera à réfléchir; MmeSand a fait appel aux sentiments naturels; elle n'a point sacrifié les riches aux pauvres; c'est sa sincérité même qui saisit tous les coeurs. Il est bon de revenir là-dessus; car Claudie, comprise par la plupart des critiques, et par le public comme par nous, est l'objet des attaques de quelques-uns. Ceux-là jugent la pièce avec les rancunes qu'ils ont contre l'auteur. Le grand éloge que nous avons fait de Claudie nous oblige d'en défendre la moralité.
Ce n'est point à une vingtaines de lignes déclamatoires, et qu'on a coupées, qu'il faut s'arrêter, mais à l'idée. MmeSand, a-t-on dit perfidement, entreprend la réhabilitation des filles perdues. Je encrois, au contraire, que le tableau qu'elle montre est la plus poignante leçon qu'on puisse donner aux filles contre leur faiblesse.
Claudie a succombé, et quelle peine ne porte-t-elle pas de sa faute! Honnie, obligée de quitter son village, entraînant dans sa misère son malheureux grand-père, elle n'a plus ni joie ni espoir. Aimée, il faut qu'elle cache son propre amour au fond de son coeur; sa faute est entre elle et tout homme qui l'aimera. Quand son amant, qu'elle aime en secret, la demande, elle le refuse, la rougeur au front; et encore lorsque, cédant à l'ordre de son aïeul, son juge sur terre, qui lui dit qu'elle a assez expié, elle tend la main, on voit que son bonheur est mêlé de honte; que, sur ce front pâle, la mélancolie est pour jamais empreinte, et que, pardonnée, Claudie garde encore son repentir. Est-ce là un encouragement à faillir? Est-ce là prétendre que la fille coupable s'élève par l'expiation au-dessus de celle qui n'a pas commis de faute? Non, certes. Mais la conclusion enseigne au contraire que, si la faute commise se rachète devant Dieu, peut-être devant les hommes, la coupable ne s'en lave jamais à ses yeux; si bien que le dénouement du drame, par l'absolution du vieillard et l'attitude de Claudie, s'accorde à la fois avec la morale de l'évangile et le préjugé social. Donc Claudie, ainsi que le drame antique, auquel elle remonte et dont elle procède par l'élévation de la pensée et par l'héroïque simplicité de l'exécution, n'est pas seulement une oeuvre de poésie supérieure, mais encore un enseignement d'où l'on doit sortir meilleur. Et à cela MmeSand joint d'avoir montré ses personnages bons ou méchants, entraînés ou passionnés, parce qu'ils sont hommes, et sans se régler dans la distribution des vertus et des vices sur ce que les uns étaient riches ou pauvres; elle a été sincère enfin.
On n'est grand poète qu'à cette condition-là.
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LAMENNAIS
(1789-1854)
«On m'accuse d'avoir changé, disait Lamennais, peu de temps avant sa mort; je me suis continué, voilà tout.» Ce mot profond explique les évolutions successives aboutissant à sa rupture avec l'Église romaine et à un apostolat démocratique du prêtre qui avait été l'ardent défenseur de l'absolutisme pontifical et monarchique, de l'auteur de l'Indifférence en matière de religion. «La sincérité avec lui-même comme avec les autres, a écrit Eugène Spuller, telle a été la grande, l'unique loi à laquelle Lamennais ait jamais obéi: par là, il a mérité d'être rangé parmi les plus nobles et les plus sévères consciences qui aient paru». - C'est dans des circonstances bien diverses que Lamennais se servit de l'arme de la presse. Aux débuts de la Restauration, il apporte au parti ultra-royaliste ses ardeurs de polémiste dans sa collaboration au
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