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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
grandit autour de lui et qui l'engloutira.
.. Réacteurs de l'Hôtel de Ville, vous êtes des lâches! Je vous gêne, et vous voulez me tuer. Mais vous n'osez pas m'attaquer en face, et vous me lancez aux jambes trois ou quatre bassets de la meute de Louis-Philippe en quête d'un nouveau chenil. Il y a des royalistes parmi vous. Je leur pardonne. Ils vengent sans doute la monarchie sur un de ses ennemis les plus acharnés. Mais il y a aussi des républicains, et à ceux-là, je le demande, la main sur la conscience, est-ce bien ainsi qu'ils devaient traiter le vétéran qui a enterré la moitié de sa vie, sa famille, ses affections, dans les culs-de-basse-fosse de la royauté?
(Imprimerie d'Ad. Blondeau, rue du Petit-Carreau, 32.)
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AUGUSTE LIREUX
(1810-1870)
Auguste Lireux, qui devait finir dans la grande aisance, avait été un fantaisiste. Philibert Audebrand a tracé de lui ce portrait: «Un Normand, ayant l'arrogante cautèle des enfants de son pays. Il était de taille moyenne, sans nulle élégance; la figure rougeaude, les yeux couverts de lunettes vertes, le sourire sardonique. Il était vif, plus pétulant encore que vif. Il avait un esprit de rapin au gros sel, mais beaucoup de verve, beaucoup de gaieté. Le fond de son tempérament était de rire de tout, d'une façon bruyante. Raison pour laquelle il était autant redouté que recherché.» Il avait fait ses premières armes de journaliste à Rouen. Après avoir été l'un des rédacteurs de la Patrie, il fut nommé directeur de l'Odéon, où, malgré son activité, malgré le succès de la Lucrèce de Ponsard, il ne put se maintenir: «Ah çà, lui disait-on, qui vous a poussé à devenir directeur de l'Odéon? - Le désir de voir de près ce qu'il y a de plus comique dans les misères humaines,» répondait-il. L'exposition, au foyer du théâtre, d'un prétendu manuscrit de Molière, le Docteur amoureux, (ce pastiche était d'Ernest de Calonne), parut une mystification excessive, au Second Théâtre-Français Rédacteur en chef de la Gazette des théâtres, Lireux collabora au Charivari, au Journal, d'Alphonse Karr, à la Séance, journal fondé en 1848 par Louis Lurine pour rendre compte, avant les autres, des débats de l'Assemblée nationale. Puis il devint le critique dramatique du Constitutionnel, et, malgré ses attaches avec un journal soutenant le prince président, il fut arrêté au coup d'État de 1851 et, menacé d'être fusillé, dut son salut à l'intervention de Rachel. Pendant son incarcération, le feuilleton du Constitutionnel fut rédigé, sous le nom de Lireux, par Émile Augier. Après un court exil, Lireux, qui n'avait jamais guère connu la fortune jusque-là, s'avisa de la vouloir conquérir, et il y réussit, en s'occupant d'affaires financières. L'esprit qu'il avait en lui devenait gênant, dans son évolution vers les choses pratiques, et, selon ceux qui le connurent, il s'était complètement métamorphosé.
Dans son feuilleton du Constitutionnel, il s'était appliqué, cependant, à hausser le ton.
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LA MORALE AU THÉATRE
Nous en finirons, j'espère, avec ces pauvres et ces riches et cette immolation systématique d'une classe à l'autre. Montrez donc les hommes tels qu'ils sont, les vices et les vertus à tous les rangs, les bons coeurs sous la blouse ou sous l'habit, faits pour battre ensemble, et unis dans la même réprobation de l'injuste et
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