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Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme

vaticine avec la même candeur.

C'est, plus tard, le journaliste royaliste Durozoy, le fondateur de la Gazette de Paris, le premier publiciste
payant alors de sa vie ses convictions. Traduit en jugement quelques jours après le 10août, non pour ses

écrits, à la vérité, mais pour ses actes, inculpé de participation à un complot, Durozoy mourait avec une

intrépidité dédaigneuse; c'est l'impétueux, téméraire brouillon, compromettant Suleau, rédigeant une

feuille intitulée le Journal de M.Suleau, capable de toutes les impertinences, de toutes les fanfaronnades,

de toutes les absurdités, revenu un peu de son royalisme perdu en raison de l'ingratitude de ceux qu'il a

défendus, mais conspirant encore par habitude et essayant, à la veille de l'écroulement de la monarchie,

de provoquer un soulèvement: dans un tableau de sa Théroigne de Méricourt, M.Paul Hervieu a porté à la

scène sa mort tragique aux Tuileries. C'est Gorsas, résolument patriote d'abord, et objet de toutes les

railleries des journaux royalistes pour avoir dit, dans son Courrier des Départements, au moment de la

fuite de Mesdames, tantes du roi, parties avec des fonds relativement considérables, que tout ce qu'elles

possédaient était à la nation, et que rien ne leur appartenait, «pas même leurs chemises». Député à la

Convention, il combattit violemment la Montagne, fut proscrit avec les Girondins, chercha à provoquer

la résistance en Normandie; des raisons sentimentales le ramenèrent à Paris où il fut arrêté et envoyé à

l'échafaud. C'est un autre journaliste girondin, Girey Dupré, le collaborateur dévoué de Brissot au

Patriote, arrêté le 21novembre 1793, il se présente ironiquement devant le tribunal révolutionnaire, ayant

déjà fait sa toilette de condamné à mort, les cheveux coupés, le col de la chemise échancré. Dans ses

réponses, il se pique d'aphorismes à l'antique; dans la charrette qui le mène à la guillotine, il entonne le

chant dont Alexandre Dumas devait utiliser le refrain:

Mourons pour la patrie, C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie.

Plus tard encore, c'est ce pauvre diable de Marcandier, vengeur des Girondins, qui imprime lui. même
dans un grenier les onze numéros de son Véritable Ami du peuple, dans le style du Père Duchesne, mais

dans un sens tout contraire. Sa femme, exaltée comme lui, va, la nuit, afficher au distribuer ces

pamphlets.

Après la mort de Robespierre, la réaction thermidorienne fait naître une foule de feuilles anti-jacobines,
piétinant le parti écrasé, rédigées avec la dernière violence, prodiguant les insultes aux morts. Les feuilles

satiriques haineuses pullulent: l'ombre du vaincu du 9 thermidor fait encore peur. Fréron, l'ancien

terroriste, qui a changé le titre de son Orateur du Peuple en celui d'Ami du Peuple, se trouve à la tête de

cette réaction. Le fougueux Martainville, qui se livrera à tant de palinodies, est le bouffon enragé du parti

contre-révolutionnaire. Dans l'Accusateur public, Richer-Serizy attaque éperdument, avec une verve

furieuse, tous les hommes de la Révolution. Des journaux royalistes apparaissent: les Nouvelles

politiques, la Quotidienne, où Suard, qui a refusé asile à Condorcet, son ami, se montre brave, à présent

qu'il n'y a plus de danger. Le Petit Gautier reprend sa mordante publication, imité par la Petite Poste. Le

Directoire est criblé de railleries. Hoffmann, qui sera l'un des rédacteurs du Journal des Débats, fonde le

Menteur, «journal par excellence» qui, en affectant de les louer, tourne en dérision les actes du

gouvernement. Le Thé, de Bertin d'Antilly, apporte sa note narquoise. Les journaux-pamphlets se

multiplient; le jury, d'ailleurs, acquitte les journalistes qui lui sont déférés. Les journaux républicains, le

Défenseur de la Patrie, le Télégraphe, le Journal universel, le Courrier de Paris, le Rédacteur, sont

submergés par le flot des feuilles d'opposition. Les opinions moyennes ont pour organes le Journal de

Paris, le Journal de Perlet (qui n'est pas encore le policier Perlet), le Journal du soir; la Décade

philosophique, politique et littéraire se tient en équilibre au milieu des partis; le Journal des Débats et

Décrets se borne encore au rôle d'enregistreur des délibérations des Conseils; le Moniteur, qui a toujours

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