|
Paul Ginisty - Anthologie du Journalisme
( Réponse à M.Thiers, 1849.)
*****
AUGUSTE BLANQUI
(1805-1881)
On retrouvera plus tard, en Blanqui, le journaliste de la Patrie en danger et de Ni Dieu ni maître. En 1848, le conspirateur que, pour ses perpétuelles condamnations Gustave Geffroy devait pittoresquement appeler l' «Enfermé», dans l'étude qu'il lui a consacrée, avait été délivré par la révolution de l'emprisonnement qu'il subissait à Tours, après de dures années passées au Mont Saint-Michel. Il expiait sa participation à l'insurrection du 12mai 1839. Il s'était jeté aussitôt dans l'action, groupant autour de lui les révolutionnaires ardents. C'est alors que se produisit contre lui une étrange accusation, fondée sur un prétendu document qui avait été découvert dans le cabinet de Guizot, et qui était censé attester une trahison du combattant de 1839, pendant son procès, une déclaration faite par lui au ministre de l'intérieur. A la vérité, la longue et rigoureuse captivité de Blanqui semblait démontrer plus que tout la fausseté de ce document. «Le Mont Saint-Michel, le Pénitencier de Tours, sont là pour répondre, écrivait Blanqui. Parmi mes compagnons, qui a bu aussi profondément que moi à la coupe d'angoisse? Pendant un an, l'agonie d'une femme aimée s'éteignant loin de moi dans le désespoir, et puis, quatre années entières, un tête-à-tête éternel, dans la solitude de la cellule, avec le fantôme de celle qui n'était plus, tel a été mon supplice, à moi seul, dans cet enfer du Dante. J'en ai les cheveux blanchis, le coeur et le corps brisés, et voici retentir à mon oreille le cri: Mort au traître! crucifions-le!» A défaut d'un journal, Blanqui avait à sa disposition le placard, dont, pendant la période de 1848, on fit un usage extraordinairement abondant. C'était le journal d'un jour, pour les besoins d'une cause, pour une riposte, pour des observations présentées sous une forme véhémente Il fallait, dans ce recueil, signaler ces feuilles sans lendemain, cette forme encore plus éphémère du journalisme. Blanqui se servit du placard pour sa défense, hautaine dans le fond, violente dans l'expression. On sait que cet incident créa une longue inimitié entre Blanqui et Barrès.
*****
MES CALOMNIATEURS
... La calomnie est toujours la bienvenue! La haine et la crédulité la savourent avec délices. Elle n'a pas besoin de se mettre en frais. Pourvu qu'elle tue qu'importe la vraisemblance! L'absurdité même ne lui fait point de tort. Elle a un secret avocat dans chaque coeur: l'envie. Ce n'est jamais à elle, c'est à ses victimes qu'on tient rigueur et qu'on demande des preuves. Toute une vie de dévouement, d'austérité, de souffrances, s'abîme, en une seconde, sur un geste de sa main.
Une trahison! Mais pourquoi? Pour sauver ma tête qui n'était pas menacée, chacun le sait bien? L'échafaud n'avait pu se dresser dans le paroxysme de la vengeance: pouvait- il se relever après huit mois d'apaisement et d'oubli? Il eût fallu, du moins, attendre sa présence, et, si l'excès de la terreur me précipitait avec tant de hâte dans la délation, comment, je le demande encore, n'a-t-on pas arraché une signature à cet anéantissement moral?
Ah! fils des hommes, qui avez toujours une pierre en main pour lapider, mépris sur vous!
Les plus bienveillants disent: «Ce sera quelque lettre, quelque note de Blanqui perfidement transformée
|